Qui suis-je ? Je suis quelqu’un de très en colère après l’Education Nationale à laquelle je reproche de ne pas m’avoir initié aux mystères de l’Informatique dès la maternelle.

Je vous entends d’ici me dire qu’en 1932, année probable de ma première rentrée scolaire, le mot « Informatique » n’existait même pas, qu’il a fallu attendre 1966 pour que l’Académie l’officialise. Oui, je sais ! Ou que je n’aurais pas la chance d’être sérieusement aidé par une amie très compétente, ou que l’Institution de Jules Ferry a fait bien mieux en ne me gavant pas de poisson tout cuit, mais en m’apprenant à pêcher, je sais, je sais, merci Jules ! N’empêche qu’il ne faut pas croire ceux qui vous disent qu’en deux clics vous aurez construit votre site ! Ils mériteraient une claque !

 

Mais ça ne dit pas pourquoi je tiens tant à ce site.

 

J’y tiens parce qu’ayant donc vécu pas mal de choses, un désir irrépressible m’a fait jeter sur le papier  des souvenirs, heureux ou dramatiques, ou même des histoires sortant d’où je ne sais, que je vais déposer en ce lieu.

 

Par exemple je me souviens avoir vécu mon enfance entouré d’adultes qui n’arrêtaient pas de ruminer les horreurs vécus de 1914 à 1918. Ils semblaient tout ébahis de se trouver vivants au milieu des fantômes des disparus. Peut-être que cette ambiance expliquait la ferveur religieuse qui se manifestait constamment, du moins dans mon entourage.

 

Et, alors que la silhouette des poilus commençait à s’estomper voilà qu’en 1939 - j’avais dix ans - résonnent des bruits de bottes. Avec la débâcle, la défaite, je fus à mon tour, en Lorraine, témoin direct des horreurs de la guerre.

 

Mon adolescence  se serait ratatinée sous l’occupation nazie si les campagnes de Jules César ne nous faisaient rêver, si Ulysse ne nous avait donné  des exemples de courage et d’astuce et Pénélope, des leçons de patience.

 

Advint la décompression de la Libération, le retour des prisonniers, les règlements de compte.

 

Or moi qui avais de multiples raisons de haïr la guerre, qui en plus étais dispensé du service militaire pour cause de famille nombreuse, renonçai à ce privilège et m’engageai chez les paras, voulant apprendre à me battre en cas de nouvelle occupation du Pays. C’était la « guerre froide ».

 

Or le jour où nous eûmes notre premier enfant, un garçon, et que je tins dans le creux de mes deux mains cet être fragile, minuscule, magnifique,  j’éprouvai un violent  besoin de dénoncer l’obscène idée de la guerre. Et me mis à écrire d’une traite un roman en disant l’absurdité.

 

C’est alors que je me découvris la passion d’écriture.

 

 Peut-être cette passion aurait-elle rempli ma vie si  un événement ne m’avait stoppé net : nous eûmes un second enfant, une fille. Elle était trisomique.

Pour  moi, ce fut l’horreur. J’étais anéanti, brisé, en morceaux. J’avais le choix entre la clochardisation ou la vie. Je repris des études que j’avais interrompues et m’y jetai à corps perdu. Je devins psychologue clinicien et enseignant  à Lyon 2 .

 

 J’eus six enfants de deux mariages. C’est dire si j’eus le temps de mesurer la distance qui sépare la théorie de la pratique.

 

Je connus une vie passionnante, presque exclusivement consacrée au travail.

 

Retirés à la montagne, nous restaurâmes la ruine d’une ferme que nous habitons à présent. C’est alors qu’arriva à point nommé cette merveille qu’on appelle ordinateur. Je sortis enfin d’un carton le manuscrit que je n’avais jamais oublié, tapé par une sœur sur un papier pelure qui commençait  à peler. Je le remis au propre. Depuis, la fièvre de l’écriture ne m’a plus quitté. Ce site en sera le témoin.