AMIS ANGLAIS !

10/05/2015 18:52

 

Amis anglais !

 

Le soixante dixième anniversaire de l’armistice a occupé bien des espaces médiatiques, et c’est heureux, car se souvenir régulièrement de la gigantesque tragédie qu’a été ce dernier (espérons-le) conflit mondial est indispensable, quoique non suffisant, pour tenter de construire un monde meilleur.

Ces images de guerre nous ont certes rappelé l’irrésistible puissance d’un peuple lorsque, savamment endoctriné, il balaie sa morale ancestrale, se débarrasse des tabous, et pousse la barbarie vers des limites extrêmes, jamais imaginées, et inimaginables.  Saurons-nous tous tirer la leçon de cette profonde fragilité humaine, tant individuelle que collective ?

Pourtant, la fête de cet anniversaire nous a rappelé aussi des aspects ô combien positifs : des hommes, des peuples se sont levés, finalement unis, contre la barbarie et ont refusé de cautionner le joug de la dictature.

L’Angleterre à ce titre a été exemplaire de courage, de ténacité. Elle fut héroïque. Et permit aux valeurs humaines de s’imposer de nouveau.

Admirable Angleterre.

Bien sûr son insularité l’a aidée dans son choix. Mais ce facteur, déterminant, n’enlève rien à son mérite.

L’insularité.

Cette singularité accorde évidemment des avantages stratégiques. Ils ont beaucoup joué au cours de cette seconde guerre mondiale. Mais elle dote ses habitants d’un sentiment d’exception, de ne pas être tout à fait comme les autres, comme la masse des continentaux. Entre les autres pays, même si quelquefois un cours d’eau, une masse montagneuse délimite le territoire, très souvent le tracé d’un géomètre, ponctué de deux bornes signale que vous changez d’Etat. Malgré cette frontière, un renard suisse fraternisera sans problème avec la renarde française.

Il est vrai que les humains chipotent davantage, et pourtant !

Mais lorsque l’étendue d’une mer s’interpose entre deux Etats, c’est autre paire de Manche. La distance aquatique à parcourir suppose une vraie démarche. Celui, celle qui met un pied sur l’Ile est véritable étranger.  L’insularité façonne et accentue les différences. Ami (e) ? Ennemi(e) ? La question se pose.

Et  cette question, un peu estompée par ce 8 mai, s’est posée avec acuité à la suite du vote anglais du 7.

Brexit ou non Brexit ?

Probable indépendance de l’Ecosse?

La réponse spontanée, j’allais dire sentimentale, d’un bonhomme de 86 ans qui a passé son adolescence en Lorraine sous la botte nazie, et pour qui la Libération fut immense événement, est de dire : s’il vous plait, amis Anglais, vous êtes européens, alors restez le. Notre Histoire commune est pluri séculaire, même si souvent elle s’écrivit en lettres du sang de frères ennemis, vous êtes insulaires, oui, mais si proches. Nos différences sont notre richesse commune…Mais plutôt qu’argumenter, j’aimerais vous confier une histoire vraie.

En 42  je crois, à Nancy, j’ai participé à un spectacle, « Jeanne d’Arc », qui durait une journée, joué régulièrement avant guerre avec la participation de toute une paroisse. 700 figurants. La salle permettait 2.000 spectateurs. Le prêtre, l’abbé Mansuy, l'organisateur, avait obtenu des allemands de rejouer cette pièce en arguant que Jeanne d’Arc avait bouté les Anglais hors de France. Les allemands virent là une occasion de propagande pronazie.

Or lorsque Jeanne, sur son bûcher, au moment de mourir, lança un vibrant « Amis anglais, je vous pardonne ! » ce fut alors une immense ovation !

Le prêtre, à la fin du spectacle prit la parole : « Jeanne a chassé l’envahisseur hors de France. Elle est un exemple : Son combat est toujours d’actualité ! »

Amis Anglais, heureusement que vous étiez là. Ne partez pas !