Après moi le déluge !

25/05/2016 13:52

 

 

Cash investigation

Pour pouvoir se coller hier soir devant sa télé à regarder l’austère « cash investigation », il ne fallait pas devoir se trouver au petit matin devant sa caisse d’hypermarché, après avoir veillé à ce que les enfants soient bien prêts pour l’école, ni être un artisan-chauffagiste dont le chantier n’attend que lui, ni même un encarté à la CGT qui, avec les copains, pour montrer que sa moribonde confédération n’est pas encore morte tente de paralyser l’économie du Pays.

Qui alors a eu le courage de s’accrocher à une enquête conduite à 100 à l’heure qui faisait défiler images et chiffres et même paroles comme derrière la vitre d’un TGV en plein vitesse ?

Qui ?

Pas les hauts cadres des entreprises enquêtées, les ciments Lafarge ou Total, trop bien au courant de leur escroquerie qui n’ont pas envie que l’on remue le fer dans leur mauvaise conscience anesthésiée par des salaires mirobolants.

Pas les politiques complices (l’Etat détient des parts de Total) qui savent, s’ils sont de Gauche, qu’ils sont en pleine contradiction avec leurs principes mais que les sociétés privées et leurs financiers neutralisent totalement, et donc contraignent à vivre dans le mensonge et l’inaction.

Pas les experts censés l’être dont les discours à géométrie variable s’adaptent à leur intérêt du moment.

Pas tous ces gens dont le portefeuille est à droite ou auxquels  les convictions héréditaires assurent que le titre de PDG est synonyme d’honnête homme.

Pas la masse des citoyens qui sont persuadés que toutes ces choses compliquées les dépassent et que le train-train quotidien ne leur laisse pas une minute de répit pour penser à autre chose.

Qui ?

Pas grand monde sans doute. Seulement quelques personnes retraitées comme moi, qu’une grasse matinée aidera à rattraper le retard de sommeil.

Et pourtant, j’ai décroché avant la fin. J’ai commencé à regarder les réactions de Ségolène Royal et de Nicolas Hulot, deux personnes que j’apprécie, les espérant honnêtes, connaissant leur position, mais les pensant réduites à impuissance, j’ai éteint la télé.

Or ce que cette émission rapportait, assez maladroitement j’ai trouvé, mais avec générosité et courage, c’est que tous, humains, autres animaux, végétaux, trésors culturels, la planète tout entière, sommes voués à disparition radicale prochaine.

Il ne s’agit pas de menaces d’illuminés, de prédictions de Nostradamus, mais de constatations objectives inquiétantes.

Ce que cette émission m’a appris :

La société Total, (une parmi tant d’autres plus puissantes et plus nuisibles), française, est un ramassis d’escrocs, actionnaires y compris. Cette société est très riche, riche de ses exploitations pétrolières et ventes actuelles, mais immensément riche de ses propriétés en sommeil, telles les gisements de pétrole encore à exploiter. Or, si l’on veut sauver la planète en limitant la hausse de sa température à moins de 2 degrés, l’utilisation du pétrole et du charbon doit impérativement cesser.

Or pas question pour TOTAL que ce capital colossal dormant soit inexploité. L’état de la planète est le dernier des soucis de ces gens. La meilleure preuve : Total vient d’acheter et équipe à l’Est du Canada d’immenses concessions de schistes bitumeux dont est extrait le plus polluant des pétroles. La dangerosité de ce produit s’est révélé à l’occasion des incendies de Fort McMurray qui se sont déclarés début mai, le reportage de Cash Investigation étant sans doute bouclé.

Voici ce qu’en disait la presse :

+Une ville totalement dévastée

Les feux, qui continuent de progresser, ont parcouru plus de 200 000 hectares. Plus de 1 400 pompiers, 133 hélicoptères et 27 camions-citernes combattaient 43 feux différents à travers la province. Sept d'entre eux étaient totalement hors de contrôle, notamment à et autour de Fort McMurray, capitale pétrolière de l'Ouest canadien.

Les propriétaires d'un appartement ont suivi, impuissants, la destruction de leur habitation par les flammes via la caméra de surveillance installée chez eux.

+Canada : l'incendie a doublé de taille, des images terrifiantes à Fort McMurray (5 mai) Pas de menaces sur les sites pétroliers

+« Seule "bonne nouvelle" au tableau, le front des feux "continue de s'éloigner" de Fort McMurray et des sites de production pétrolière vers le nord-est, ne représentant pas de menace pour les populations mais provoquant des dommages graves à l'écosystème, a expliqué le directeur du service des incendies de l'Alberta, Chad Morrisson. »

+ Canada : l'incendie prend de l'ampleur, un pont aérien pour évacuer des habitants

Les feux ne se calment pas à Fort McMurray. Certains foyers sont même hors de contrôle. 8000 habitants, coincés par la progression des flammes, vont être évacués par les airs

Or la presse larmoyante invitait son public à compatir au malheur de ces personnes, alors que ces gens contribuent à la destruction de la planète Terre, en exploitant les schistes bitumeux et devrait consacrer leur temps et gagner leur vie de manière plus utile.

Mais la société TOTAL est également malfaisante en exploitant de nombreuses centrales à charbon de par le monde, les plus polluantes, sans respect des règles de sécurité pour un personnel quelquefois en danger de mort sans que Total s’en sente responsable et indemnise les personnes, se défaussant sur d’autres. Honte à TOTAL. Et l’Etat actionnaire, c'est-à-dire nous, tous les citoyens qui sommes complices.

LA SOCIETE DES CIMENTS LAFARGE

Cash Investigation a aussi révélé la très curieuse perversion d’un système créé au départ pour être vertueux.

LE GREENWASHING 

Alors que la COP21 qui s’est tenue au Bourget en fin d’année 2015 a été célébrée comme une immense victoire pour la survie de la planète Terre, elle apparait après coup comme une vaste fumisterie.

Ainsi non seulement les sponsors de cet événement étaient pour beaucoup des sociétés les plus polluantes de la planète, ce aurait dû inciter à méfiance, mais à partir de cette conférence s’est instauré, avec la complicité de l’Union Européenne, un système d’apparence vertueuse qui donnait aux sociétés polluantes un taux d’émission de CO2 à ne pas dépasser, sinon elles étaient pénalisées. Ce système  a été détourné pour donner aux pollueurs le droit de l’être davantage, et à ceux qui était en dessous du seuil imposé de vendre 6 euros la tonne de CO2 leur gaz non émis. Ce qui permet au pollueur de polluer plus, et aux vertueux de gagner sans rien faire  autre chose que de ne rien faire, des sommes colossales.

Ainsi Cash Investigation a déniché en Bourgogne une usine des ciments Lafarge qui semble n’avoir plus comme personnel qu’un délégué syndical CGT payé à occuper son bureau, et le directeur du dit établissement, lui aussi désœuvré car l’usine est fermée. Or l’UE a accordé depuis plusieurs années à cette cimenterie le droit d’émettre un nombre important de tonnes de CO2 à rejeter dans l’atmosphère, ce qu’elle ne fait plus pour cause de fermeture.  Vertueuse puisque n’émettant plus de CO2, la cimenterie vend 6 euros la tonne à des pollueurs excédentaires ce stock de gaz non émis et fait ainsi de très gros bénéfice, hors circuit commercial.

Ce système, peut-être bien légal ?, permet ainsi aux pollueurs de poursuivre leur empoisonnement de la planète en toute quiétude.

Et nous, naïfs consommateurs, assistons impuissants à la construction de fortunes qui se font au détriment d’une planète qui ne permettra plus à nos descendants de vivre.