Changer la France

18/10/2014 19:24

 

 

Hier, je terminais mon précédent billet par ce souhait : « La mission de Hollande à présent, c’est terminer le travail de maintenance entrepris et mettre en place un sixième République qui soit gérable pour et par le peuple, des élus réduits à la stricte utilité, sans avantages exorbitants, un statut de président taillé pour être tenu par un homme normal, c'est-à-dire intelligent et honnête. Ni escroc, ni sectaire. Ça doit bien exister. »

Or Annie Lasorne, cette fine mouche si précieuse à MDP, m’a interpelé ainsi : « Vous comptez réellement sur lui, pour faire ça ??? Faudra nous expliquer par quel miracle... J'en suis curieuse. »

Chère Annie, m’autorisez-vous à rêver éveillé et tout haut ?  A dire tout et n’importe quoi à tel point que je ne sais pas encore ce que je vais vous dire même si la très vague idée que j’en ai m’incite à l’enthousiasme ! Voyez, ça commence bien ! Ça n’est pas encore demain la veille qui empêchera certaines personnes me voyant de porter leur index à la tempe et à balancer le poignet dans un sens puis dans l’autre. M’enfin !

Mais votre question, Annie, tombe pile pour moi. Je viens d’écouter avec grande attention le passionnant dialogue de Thomas Piketti avec Alain Badiou. Formidable !

Si j’ai bien compris le contenu de son livre, Thomas Piketti démontre avec rigueur, statistiques à l’appui, que jamais les inégalités entre les humains ne se sont jamais si bien portées qu’aujourd’hui. Elles avaient connu, écrit-il, quelques coups d’arrêt dus aux révolutions, notamment la  bolchevique, aux diverses guerres mais qu’à présent que tout semblait se calmer un peu, elles reprenaient de plus belle, à la grande satisfaction de tous, même de ceux qui en souffrent dramatiquement, tant le retour du « déjà vu » peut être rassurant. Tout enfin rentre dans l’ordre !

Thomas Piketti ne semble pas s’en prendre à une entité abstraite, une « grande Finance Internationale » aussi  réelle que le grand méchant loup, mais, si j’ai bien compris, il attribue la cause de ces inégalités à la propriété privée, transmise et augmentée à chaque génération par la transmission patrimoniale. Là se loge le diable.

Alain Badiou cautionne l’analyse de son cadet. Il est totalement d’accord avec sa démonstration. Seule, la fin le chiffonne et le laisse en manque. Comme si, enfin débarrassé des empêcheurs de tourner en rond, les guerres, les révolutions, le bolchevisme, le nazisme, les communistes… les inégalités repartaient de plus belle et que Piketti ne pouvait qu’en faire le constat sans proposer de solution.

Un impôt mondial prélevé sur les grosses fortunes ? Qui le déciderait ? Quelle instance et au nom de quoi serait-ce possible ?

Thomas Piketti dit n’être pas venu proposer des solutions. C’est aux peuples d’en trouver, et sans doute dans la douleur.

Alors pourquoi ne pas commencer par la France ?

 Elle n’a pas attendu les autres pour entreprendre sa Révolution. Elle l’a faite sans autorisation, parce que ça ne pouvait pas durer. Parce que les inégalités étaient trop fortes, non seulement sur le plan financier, les riches, les pauvres, mais au niveau du respect des personnes, les nobles et les corvéables. Et ça a marché.

Alors imaginons qu’avec le concours de Hollande, sous son impulsion, si cet homme qui se disait socialiste veut faire de son mandat un tournant pour la France, que soit créé une véritable République, une sixième qui tiendrait ses promesses. Que soit construit un creuset dans lequel se touilleraient les idées, et pas les seules idées d’une « élite » triée sur le volet, qui se dise spécialiste, mais un creuset fait de vraie gens qui vivent une vraie vie, de bonheur ou de souffrance, ceux que l’on trouve dans les multiples associations qui sont le levain de la nation. Un immense Mai 68 (mais oui !) où se débattent des vraies questions, avec des solutions dont la douleur qui en découle pourra être aussi violente que le mal à soigner.

Imaginons que Hollande, en tant que président de la République mette au travail le peuple tout entier pour panser les blessures, pour redistribuer les moyens de faire en sorte que ceux qui veulent travailler se trouve du travail, et se fabrique un avenir, pas seulement avec des mots mais aussi des actes, des actions, fermes sinon violentes….

Et ce, peut-être en touchant à la sacro sainte propriété privée et à sa transmission.

Qui est le mieux placé que le Président pour faire bouger les choses ?

Imaginons que si Hollande ne saisit pas cette chance de changer la France, avec et pour le peuple, le peuple décide de le faire sans lui et malgré lui…

Le malheur n’est pas une fatalité.

Qu’en penses-tu, Annie ?