Comment avouer aux enfants l’effroyable vérité ?

25/12/2017 17:10

 

Il est intéressant de constater le soin qu’apportent à leur article certains chroniqueurs désireux,  en ce jour de Noël, de conseiller les parents angoissés.

Le problème est de taille : il y va de la confiance totale que l’enfant accorde encore à ses parents et qui risque d’exploser sous le coup d’une terrifiante prise de conscience : le Père Noël n’existe pas.

Car comment annoncer à son enfant qui grandit et commence à subir l’influence pernicieuse des  opinions extérieures au cocon familial que cette merveilleuse croyance en un Père Noël n’est en fait que leurre ?

L’heure est délicate. Percevant des signes avant-coureurs, les parents ont compris que le doute risquait de s’insinuer dans l’esprit innocent de leur enfant. N’était-il pas préférable d’anticiper, mais comment et en quels termes ?

Une étude sociologique pointue indiquerait sans doute que, dans la plupart des cas, s’il s’agit de révéler l’affreuse nouvelle à leur fille, les parents, stupéfaits, tentant maladroitement d’introduire le sujet, se voient secourus par l’enfant elle-même. Depuis belle lurette, leur fille a découvert l’entourloupe et se gardait bien d’en parler pour ne pas décevoir les parents ni tarir la source de cette miraculeuse générosité.

Vis-à-vis d’un garçon, la situation parait plus délicate. En général, le jeune mâle croie mordicus à l’existence du personnage. Celui-ci n’est-il pas le prototype des héros invincibles qui vont peupler ses aventures secrètes et auxquels il va s’identifier, qui le rendront le plus fort de tous, au risque d’être un cancre dans le monde réel !

Comment donc dénoncer le mythe sans amocher durablement la personne, et lui faire douter de la parole des adultes ?

Devant tant de questions, des parents arrivés à maturité peuvent se demander pour quelles raisons ils se sont trouvés poussés à mentir. Est-ce si difficile de faire plaisir à quelqu’un sans faire croire que le cadeau vient d’une autre personne ?

Ne serait-ce pas pour protéger les enfants des erreurs des adultes qui tout au long de l’année crient, insultes, punissent, voire frappent ces enfants qu’ils considèrent comme leur chose, comme leur propriété ?

N’est-ce pas pour les parents une manière de reconnaître leur incompétence et tenter de rassurer leurs enfants en leur faisant croire que, finalement, quelqu’un d’infiniment bon et juste saura les protéger. Comme un dieu, par exemple !

Et si, pour nous parents, faire croire au Père Noël à nos enfants, était se donner l’autorisation de croire nous même en un Père Noël qu’on appelle Yahvé, Zeus, la Trinité, Allah, Quetzalcòatl, Dagda, Toht, Thor, Eshu… auxquels, en échange de protection, nous obéirons plus ou moins aveuglément, qui nous ordonnera à faire le bien ou à répandre la terreur.

Et si nous adultes étions encore au fin fond de nous-mêmes de tous petits enfants, n’ayant d’adulte que la taille, et si nous en prenions conscience, peut-être aurions-nous entre nous les humains un comportement responsable qui nous apporterait équilibre et bonheur.

Mais j’entends votre réponse : « C’est vous le pauvre type, c’est vous qui croyez au Père Noël ! »