Comprendre l'incompréhensible

17/07/2016 15:26

 

 

Nous, vivants, ne contrôlons pas tout, et sommes à la merci d’une multitude de facteurs qui nous aident à bien vivre ou nous en empêchent.

Or parmi les causes négatives, il en est une plus odieuse que les autres : la haine de religions ou Etats qui sèment une mort aveugle chez ceux qui ne partagent pas leurs croyances.

Le scandale d’une telle pratique est d’autant plus étonnant que le sens commun accorde aux religions un rôle de solidarité, religion venant du latin « religarer », relier : Relier les humains à leurs dieux, relier les humains entre eux.

Alors pourquoi cette étrange haine mortifère ?

Aucune  explication rationnelle habituelle ne peut en rendre compte. Il s’agit de pure folie.

Or les différentes disciplines des sciences humaines et sociales esquissent ces dernières années des réponses.

Notamment Jean Bergeret et son école.

Jean Bergeret avait fait remarquer en 2004 dans un entretien avec Alain Braconnier combien nous parvenions à relativement bien comprendre les relations normales ou pathologiques autour de la problématique « génitale », c'est-à-dire lors de la relative maîtrise du sujet de son environnement, alors que nous savons bien peu de choses sur le « prégénital », la période qui va de la conception, en passant par l’état d’embryon et celui du fœtus, puis la naissance jusqu’aux tout premiers mois de vie, et ceci, en ne parlant que de l’aspect relationnel, alors que la biologie, génétique y compris, et autres sciences ont bien sûr à faire valoir leur approche.

Or il est apparu que lors du prégénital la vie du sujet en puissance est très mouvementée, déterminant de manière importante l’avenir.

Par ailleurs, une psychanalyste, Piéra Castoriadis-Aulagnier, dans « la violence de l’interprétation », ouvrage pour moi capital, avait révélé la manière dont un « infans », un non-parlant, construisait très tôt le théâtre intime qui lui permettra progressivement de maîtriser son environnement et d’accéder au statut de sujet.

Or cette appropriation par l’infans du monde extérieur ressemble étrangement au grand spectacle de la mythologie grecque qui a permis, au peuple et à ses individus de se situer dans l’univers. Il semble même que la compréhension de leur propre psyché ait permis aux dramaturges grecs de la projeter dans l’espace social, non seulement local, mais universel. De même qu’un corps humains se bâtit à quelques différences minimes près, sur le même modèle, partout sur la planète, de même en va-t-il de même en ce qui concerne la construction de la psyché. L’Oedipe  est universel.

Et ainsi c’est à un dysfonctionnement prégénital, c'est-à-dire précoce, que l’on doit l’apparition de ces nations ou sectes haineuses, semeuses de morts arbitraires.

Imaginons ainsi un infans très intelligent, nourrisson donc, qui soit aux prises avec un environnement menaçant.  Pour survivre cet être construit un panthéon dont les personnages se déchirent mais dont il maîtrisera les ébats. S’identifiant au plus fort qui est aussi le plus menacé, et empruntant sa toute-puissance, il se construira un système défensif reposant sur l’attaque. Sa mission fondamentale sera de défendre son dieu en écrasant l’adversaire par tous les moyens et sans aucune pitié. Devenu adulte, sa grande intelligence lui permettra de bien se débrouiller dans la vie, mais demeurera sa mission. Il s’organisera de telle manière qu’il puisse la réaliser. Il lui sera facile de recruter parmi tous les malheureux de la terre, bien moins intelligents que lui, des croyants avides de vengeance qui seront ses fidèles soldats.

Un tel gourou n’est accessible à aucune logique, aucune pitié. Il a reçu une mission, il la mènera jusqu’au bout. Il est à la fois, quoiqu’inachevé, immensément humain et terriblement diabolique.