De l'utilité des religions

11/05/2016 01:13

 

 

Là encore, c’est comme non spécialiste, comme un de ces milliards d’êtres humains qui se sont sentis un jour concernés que j’aborde le sujet. D’autres centres d’intérêt plus prenants me dispensent de feuilleter les nombreux ouvrages, sans doute très sérieux qui traitent de la question, au risque d’aligner une série de banalités. Mais l’actualité de ces derniers mois a jeté sous la lumière crue des projecteurs, en France, la sauvagerie d’hommes qui, sous couvert de religion, ont commis des crimes abjects.

Il semble que le fait religieux, quasi universel et dans le temps et dans l’espace, s’est donné pour mission de combattre deux peurs, la solitude, la mort.

La solitude ? Wikipédia nous dit qu’ « il y a deux sources étymologiques du mot "religion" : relegere (cueillir, rassembler) et religare (lier, relier). » Ces deux sources semblent converger vers le fait de rassembler en un bouquet des éléments dispersés, telle une assemblée, une communauté. (l’union fait la force).

La mort ? L’être humain a ceci de particulier sur les autres animaux que non seulement il est, il vit l’instant présent plus ou moins intensément, mais comme dirait Albert Jacquard, il est spectateur, acteur et metteur en scène de sa propre vie. Il se sait « sujet » de son parcours, apprécie son identité en même temps que son originalité. Il a conscience de sa valeur. Or il apprend le scandale qu’est la mort. Il se découvre mortel et a tendance à refuser l’idée que sa petite personne si unique, si précieuse, est condamnée à disparaître  définitivement.

J’ai entendu des prêtres catholiques proclamer lors d’un enterrement : « Alors que nous, qui te pleurons, traînons notre vie dans cette vallée de larmes, toi, notre cher défunt, à présent tu vis, c’est toi le vivant, et ce, pour l’éternité !»

Non seulement la personne morte était bien vivante, mais c’était ceux qui la pleuraient qui ne vivaient pas ! La mort niée, effacée, retournée, inversée !

Le christianisme a gommé, dévoyé, le message politique d’un Jésus démocrate qui voulait transformer la réalité quotidienne, faire de la « vallée de larmes » une terre de bonheur. Tel était le message évangélique, politique. Il est sans doute plus facile, surtout si l’on est soi-même un possédant, de pratiquer la justice plus tard, dans un au-delà, dans un paradis supposé, que de s’y attaquer à construire la justice ici et maintenant, sur terre.

Il semble que cet aveuglement soit le cas de nombreuses religions.

Certes, une grande partie des croyants de toutes sortes mène certainement une vie heureuse, sans angoisses excessives, grâce aux repères que leur procure leur croyance, pourtant chaque jour nous apporte la connaissance d’atrocités dues à l’affrontement entre communautés de cultures différentes. Loin de relier les peuples entre eux, souvent les religions les opposent.

Car s’agissant de parler et d’agir au nom d’une entité mythique dont l’existence est enfouie au plus profond de notre psyché, forte de ce pouvoir, la caste des sorciers, gourous, prêtres, peut être tentée de profiter de son ascendant pour maintenir la foule sous sa dépendance et en faire de doux moutons à tondre ou au contraire de dangereux fanatiques prêts à massacrer le dissemblable. Les nombreuses et sanglantes divisions survenues dans l’Islam empêchent toute généralisation, et notamment le procès que des fanatiques opposés aimeraient faire à l’Islam tout entier pour le disqualifier. L’Islam permet à des millions de personnes de vivre en bonne intelligence avec eux-mêmes et leur environnement. Mais l’appareil lui-même, apparemment massif et contraignant, s’il a permis à Mahomet de mater des forcenés, est mis aujourd’hui au service de nouveaux forcenés qui en font un outil de haine et de destruction aveugle. Malades mentaux ? Sociopathes ? Militants provisoirement égarés ? En tous cas, situation inacceptable, à combattre sans merci.