Déchéance de nationalité, Amen ?

08/02/2016 13:23

 

 

Le film « AMEN » de Costa Gravas projeté hier sur Arte vient à point nommé pour rappeler avec beaucoup d’autres, dont si brillamment Christiane Taubira, l’importance des principes qui font les fondements de la Gauche.

« Amen », c'est-à-dire « Ainsi soit-il ! », c’est la lâcheté, l’aveuglement, la peur, de personnes, d’Etats, dont celui du Vatican, devant l’innommable « solution finale » du Troisième Reich. Reprenant l’idée déjà fortement répandue depuis des siècles que les juifs, les gitans, les homosexuels, les malades mentaux, toutes minorités fragiles, constituaient des ensembles de sous-hommes malhonnêtes et dangereux, menaçant la pureté de la Race aryenne, Hitler a inculqué à une minorité puis finalement à une grande partie de la population allemande, puis française, la nécessité d’une « solution finale ».

L’horreur de l’extermination de masse était si effroyable, si inimaginable, que même un officier SS, médecin et fervent chrétien, dont le travail d’hygiéniste était de fournir un produit dangereux, le Zyklon B, nécessaire, semble-t-il, pour rendre potable l’eau des troupes, en distribua innocemment jusqu’au jour où il découvrit l’horreur de ce à quoi son produit servait, tuer des millions de personnes. Au péril de sa vie, il tenta d’avertir l’opinion publique, ses amis protestants, puis les chrétiens, le Vatican. Beaucoup refusèrent de le croire, le prenant pour un affabulateur ou un traitre à sa patrie, un partisan communiste. Seul un jeune prêtre, proche du pape Pie XII, parvint à avertir le pape.

Or l’officier allemand, Kurt Gerstein, a existé. Il a refusé l’inacceptable, fidèle à ses valeurs chrétiennes, et il en est mort.

Aujourd’hui, pour nous, français, une question du même type se pose : acceptons-nous le principe de la déchéance de nationalité.

« Ça n’a rien à voir ! » protesteront beaucoup. Les nazis exterminaient des millions de personnes innocentes les considérant comme de vulgaires « Stück », en refusant de les reconnaître comme faisant partie non seulement de la « la race des seigneurs » à laquelle ils prétendaient appartenir, mais de la grande famille humaine ! Ce que propose Hollande n’est pas de mettre à mort les terroristes, ni de les rejeter de la « grande famille humaine », mais simplement de les rejeter de la « famille nationale » ! Ils ne nous aiment pas comme français puisqu’ils massacrent les nôtres, qu’ils aillent donc voir ailleurs. Nous sommes comme des parents dont l’enfant commet un crime inqualifiable et que nous déshéritons, qui ne fait plus partie de la famille et aille sévir ailleurs. C’est non seulement notre droit de nous défendre ainsi, prétend Hollande, mais c’est notre devoir, à graver dans le marbre de la Constitution !

Non, Je ne suis pas d’accord. C’est rejeter nos enfants, ayant commis des actes impardonnables,  terroristes, mais néanmoins citoyens français à part entière, enfants de France, perdus, paumés au point de commettre des atrocités, mais enfants parmi nos enfants. Assumons nos manques d’éducation, acceptons a minima de reconnaître que nous y sommes pour quelque chose, même si ça n’enlève rien à leur propre responsabilité, à moins que pathologie mentale, soumission à des gourous haineux.

Recourir à cette déchéance de nationalité n’est pas pour moi œuvre de justice, mais de pure vengeance. Respectons la personne cachée derrière le criminel, condamnons sans retenue les actes, mais ne détruisons pas les personnes. Sinon, plus aucun des humains ne mérite d’exister. C’est parce que nous sommes des personnes que nous sommes capables du pire.

Je me permets de rappeler l’immense leçon d’humanité  que nous a donnée Antoine Leiris au soir de ce sinistre vendredi.

 

 

« Vous n’aurez pas ma haine »

Antoine Leiris

Vendredi soir vous avez volé la vie d'un être d'exception, l'amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n'aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l'avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l'ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d'attente. Elle était aussi belle que lorsqu'elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j'en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu'elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n'aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n'ai d'ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. II a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l'affront d'être heureux et libre. Car non, vous n'aurez pas sa haine non plus.