Démocratie ou communisme

05/10/2015 16:41

 

C’est la question posée sur Médiapart, lors de la rencontre de l’historien Pierre Rosanvallon face au philosophe Alain Badiou, sous la ferme et pertinente houlette d’Aude Ancelin, journaliste.

Pour ceux comme moi qui ne le savaient pas, la recherche de Rosanvallon tourne essentiellement autour du mot « Démocratie ». Il semble que dès son adolescence, et par la suite, tout au long de ses engagements pour changer le monde, cet homme court après les diverses manifestations de la démocratie sans jamais parvenir à en attraper une qui corresponde à l’idée qu’il en a.

Mais, l’interroge le philosophe, quelle idée en a-t-il précisément ?

Et là, l’historien exprime son désarroi. Il se refuse à enfermer le concept dans une définition, à le « normaliser », comme si une telle démarche risquait d’en stériliser la puissance.

En fait, Rosanvallon est un homme d’action, de terrain, qui veut changer la donne. Il cherche son modèle et ne le trouve pas. Si bien qu’il ne peut en cerner le concept que par la négative. Il sait ce que la démocratie n’est pas.

Par exemple, la gouvernance passée et actuelle de la France que certains estiment être un modèle de démocratie n’en a que le nom. En fait -  Rosanvallon et Badiou sont d’accord - la France n’est pas une démocratie, mais une oligarchie.

Et apparemment, les USA ne le sont pas davantage. Il s’agit d’une marchandise à exporter, par la force s’il le faut ce qui est antinomique.

Pierre Rosanvallon rappelle que le mot « démocratie » faisait rire, considéré comme une plaisanterie débile, complètement disqualifié. Il a fallu que certains aient le courage de relever le défi et défendent la dignité du concept.

Et Alain Badiou rappelle que même la démocratie antique grecque n’était que partiellement démocratique, d’une démocratie non universalisable car prise dans un contexte fait de violence et de « chacun pour soi », ce qui faisait que les peuples s’étripaient.

Et ailleurs, actuellement, la planète ne nous donne à voir que des caricatures de démocratie.

Il semble que  l’historien a de la démocratie une idée si parfaite qu’elle en est utopique, irréalisable.

Rosanvallon Don Quichotte ? Un peu il me semble. Mais donc un Don Quichotte tellement sympathique dans sa générosité qu’il nous incite à la même exigeante recherche. Et ça n’est pas rien !

Face à lui, Alain Badiou s’est montré attentif, respectant la véhémence de son interlocuteur. Mais en peu de mots, il a livré le nœud de sa propre recherche, qui pourrait éclairer le terme de démocratie.

Cette recherche dont, si j’ai bien compris, il nous livrera bientôt le résultat, est, à l’instar des démocrates américains de réhabiliter le concept de « communisme ».

Le mot communisme est une nostalgie pour certains, une insulte pour d’autres, tant le mot a été entaché par la dictature stalinienne. Pour Badiou c’est un mot très beau, qui désigne une réalité qui peut servir d’idéal.

Attendons donc de savoir.