Des journalistes incompétents jouent les apprentis sorciers

05/01/2017 13:46

 

Des journalistes ? Sans doute que les personnes, Davet et Lhomme, qui ont écrit « Un président ne devrait pas dire ça… » possèdent effectivement uns carte de presse. Est-ce une preuve de compétence ? Ce devrait l’être, mais toute profession possède ses brebis galleuses. Dans leurs remerciements, les auteurs font mention de Jérôme Fenoglio et de Luc Bronner, directeurs des rédactions du Monde. Remerciements sincères ou tentative de compromission ? Il serait intéressant de savoir si les susnommés s’en trouvent flattés ou compromis.

Pour ma part, me référant à la préface du  livre en question, j’estime que ses auteurs ont gravement enfreint les règles déontologiques de la profession. Ainsi, selon la charte d’éthique professionnelle des journalistes :

 « Un journaliste digne de ce nom :

• Respecte la dignité des personnes et la présomption d’innocence ;

• Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles … 

• Proscrit tout moyen déloyal et vénal pour obtenir une information.

• Ne confond pas son rôle avec celui du policier ou du juge.

Ni, ajouterais-je, le rôle « inédit » de plongeur s’immergeant « dans le cerveau d’un homme de pouvoir », et d’en lire avec certitude les intentions secrètes telles que « celle d’un candidat évident à sa propre succession ». Comme quoi, même des extralucides malhonnêtes se font rouler dans la farine par plus malin qu’eux.

 Ni à des voleurs entrant « par effraction » dans l’intimité d’une personne, ni à des violeurs se flattant de malmener leur suspect « un peu contraint et forcé » mais qui finit « par s épancher ». Admirons la délicatesse des termes, ceux mêmes qu’emploient les violeurs désireux de prouver l’absolu consentement de leur victime.

Policiers et non journalistes ? Car piéger un homme de parole sachant qu’il respectera son engagement et s’acquittera de sa centaine d’heures de garde à vue promise, aux mains de deux truands qui, avant même de commencer, méprisaient le politique qu’ils souhaitaient abattre. « Après tout, son élection elle-même avait déjà constitué une anomalie. »

Juges et non journalistes ? La cause est entendue : « L’accusé Hollande est d’abord coupable de ne pas avoir su parler à ses concitoyens. Incapable de fendre son armure personnelle. Tout cela a rendu notre enquête  d’autant plus passionnante. C’était notre pari fou : le « faire parler », vraiment, ce qui ne fut pas toujours une partie de plaisir. Il nous a fallu souvent revenir à la charge, le bousculer même, lorsque nous avions le sentiment d’esquiver nos questions, à force de savantes analyses. »

Juges, car que vient faire là la citation de Victor Hugo, page 9, en forme de réquisitoire ?

Et que vient faire là, page 7, en tête d’un livre politique destructeur, la déclaration d’amour infantile et qui n’intéresse personne d’un fils, Fabrice Lhomme, à sa mère, Françoise, née Laurence ? Ce monsieur tente-t-il de se faire pardonner la cruauté du livre qu’il a coécrit ? Nous certifier qu’il a un cœur fragile que l’on doit ménager ? Lui pour qui tous les moyens sont bons pour tenter d’écraser la concurrence dans une profession sans pitié, de se faire enfin remarquer de tous, lancer un scoop inédit, une bombe qui fera connaître son auteur du microcosme parisien et même au-delà, le fera haïr ou admirer ? Mais manque de pot, sa maman chérie qu’il fallait encore et toujours séduire l’abandonne, meurt avant que d’assister au triomphe de son fils adoré ? Est-ce donc là le secret de ce livre, toute cette énergie déployée, le sacrifice humain pour retenir une dernière fois l’attention de l’aimée ? Tout ça, « Un président ne devait pas dire ça… » pour ça !

Chacun des lecteurs peut s’offrir aussi « une immersion dans le cerveau » d’un auteur, mais là, rien de bien passionnant si ce n’est la confirmation que, comme l’écrivait dernièrement le Monde, il semble bien qu’avec le Bréxit, avec Trump, nous soyons entrés dans l’ère de la post-vérité.