Des Voeux, toujours les mêmes...

01/01/2017 13:23

 

 

J’ai été surpris de découvrir ce matin sur Médiapart un titre « Au gui l’an neuf » accompagné de mon nom, alors que je n’avais rien publié. Puis j’ai vu la date, 3 janvier 2011, et j’ai découvert un texte écrit par moi à l’époque, dont je ne me souvenais plus mais qui me parut toujours pertinent. Je remercie donc la personne qui l’a exhumé et vous le propose sur mon site qui, alors, je crois, n’existait pas encore.

 

J’ai l’immense chance, comme beaucoup de mes concitoyens, j’espère, de n’être pas obnubilé par les jeux, qu’ils soient hippiques, footballistiques, boursicotiers, casinotiers, mystico-ecclésiastiques ou politiciens. Ce qui permet donc de s’intéresser un peu à la marche du monde, et d’avoir eu à constater les disfonctionnements de nos grosses entreprises nationales.

Si l’on compare une grosse entreprise à un arbre, disons à un de ces chênes rassurants qui s’imposent majestueusement dans le paysage de nos campagnes, et que nous l’observons en période de moindre activité, l’hiver par exemple, nous sommes surpris de découvrir un phénomène peu apparent en été, lorsqu’il est couvert de feuilles : souvent le sommet de l’arbre apparait habité par de gras bouquets de gui, alors que le reste de la structure est nu.

Ainsi, me semble-t-il, fonctionne la plupart de nos grosses entreprises. Les cadres supérieurs s’épanouissent au sommet, appartenant à une essence autre que celle du monde du travail. Ils sortent généralement d’une grande école, qui, copinage et amicale des anciens aidant, les place ici ou là sans grand souci de compétence ni d’efficacité. Il suffit qu’ils occupent une place rémunératrice et veillent à ce qu’une grosse part des ressources de l’organisme qu’ils exploitent, alimentent les puissances financières qui les ont placés là. Mais si donc ils veulent agir, c’est avant tout dans leur propre intérêt et dans celui du système. Souvenons –nous, par exemple de l’appel au meurtre qu’a lancé à ses cadres, en 2009, un Didier Lombard, PDG de France télécom, et la vague de suicides qui a suivi.

Mais parfois les dirigeants nationaux n’essaient même pas de masquer leur cynisme. Ainsi a-t-on pu voir, en octobre 2009, un morveux ne sortant d’aucune école et n’ayant d’autre diplôme que son acte de naissance, un fils de…, qui se serait trouvé à la tête du plus gros complexe d’affaire européen, l’EPAD de la Défense, si la vox populi n’avait tonné.

Ainsi, tels des bouquets de gui, ces cadres supérieurs sucent avidement la sève que produit l’arbre qu’ils parasitent. Il faut descendre les étages inférieurs jusqu’aux racines, pour trouver le personnel compétent (cadres moyens, employés, ouvriers) qui, payés de clopinettes, fait vivre l’organisme.

Bien évidemment, le personnel compétent serait infiniment plus productif si les bouquets de gui ne leur pompaient pas l’énergie et ne détournaient pas les profits de l’entreprise, suscitant une colère légitime qui donne des envies de sabotage, mais qui le plus souvent se contente d’opposer une certaine inertie. D’où la mauvaise santé de pas mal d’entreprises.

Et quand on pense que les druides considéraient le gui comme une plante sacrée, parce que, toujours verte, elle symbolisait l’immortalité, ce n’est pas demain la veille que le système va changer.

Généralisation abusive que cela ? Peut-être, effectivement.

C’est vrai que j’ai connu des PDG compétents et honnêtes qui tentaient de gérer au mieux leur entreprise. Mais je me souviens aussi de leur souffrance à devoir défendre l’intérêt des actionnaires au détriment quelquefois de leurs propres employés. Le système les y contraignait, disaient-ils. Ils ne s’y retrouvaient plus, forcés d’appliquer honnêtement la malhonnêteté du système Aussi, c’est dans leur vie privée qu’ils se montraient généreux avec les autres, non seulement en argent, mais également en temps.

C’est donc un autre système qu’il faut inventer et imposer.

  • 03/01/2011 16:59

 

Très bien l'image du gui ! J'ai bien apprécié votre billet. Hélas oui depuis le milieu des années 90, les entreprises sont parasitées par les chemises bleues pâles, les cravates Kenzo et les chaussures à bout pointu...Apparence d'auditeurs, de commissaires aux comptes, discours parsemé de mauvais anglais, pleins de gens qui s'échangent leurs voeux ...

Courtisans insipides des directions générales, besogneux du tableau excel, joggers d'entre midi et (de mes) deux, conducteurs de 4x4 coréens, virtuoses du "blackberry" : soyez-en sûrs les employés savent ce que vous ne valez pas, les dirigeants savent vous faire courir comme des lévriers derrière le lapin mécanique du pouvoir en prenant les paris...Drôle, non ?