Echange avec Edwy Plénel

29/05/2015 15:47

NOUVEAU 29/05/2015, 11:51 | PAR EDWY PLENEL

Cher Jean-Marie Charron,

Merci de votre cordiale interpellation. Je ne crois pas être un adolescent sans conscience du réel, même si, comme vous le suggérez, il n'est jamais inutile de cultiver en nous notre part d'enfance.

Depuis l'élection de François Hollande, et dès l'été 2012 si vous allez visiter mes articles de l'époque, je creuse le même sillon, fidèle aux questions et réflexions que je posais et opposais à François Hollande lors de notre dialogue de 2006 dans Devoirs de vérité (Stock). Cette obsession, c'est la question démocratique dont je suis, depuis longtemps, convaincu qu'elle est au nœud des spécificités de la crise française qui se concrétisent par une extrême droite à 30 % des suffrages exprimés – ce qui n'existe aujourd'hui dans aucune vieille et grande démocratie à part la France. Cette question démocratique ne recouvre pas seulement la question des institutions (ce présidentialisme qui a atteint le stade dangereux d'une nécrose) mais aussi celle de notre culture politique au sens général du terme, telle qu'elle nous imprègne et nous accompagne.

La démocratie, c'est un écosystème qui suppose le respect des contre-pouvoirs, le souci de la discussion, la défense des minorités, l'exigence d'égalité réelle, concrètement vécue (face à la justice, au travail, au logement, à la santé, etc.), la fidélité aux engagements, à la parole donnée, le refus de l'entre-soi des élites, des oligarchies ou des avant-gardes, l'audace d'une République en invention permanente et non pas son immobilisme autoritaire, cete audace qui conditionne la confiance auprès du plus grand nombre, c'est-à-dire à la fois le peuple salarié et la jeunesse qui porte les promesses de demain.

Vous aurez compris que ce qui m'occupe ici n'est pas la personnalité de l'actuel président de la République dont je connais le côté affable et abordable. Ce qui me préoccupe, c'est notre propre lassitude, désaffection et indifférence à l'exigence collective d'une démocratie vivante, d'une République vraiment démocratique et sociale, d'une politique en somme qui élève et rassemble avec un imaginaire actif, celui de la cité concrète et non pas de la cité idéale.

 

 

Très cher Edwy Plénel,

                                    Votre réponse, pour laquelle je vous remercie, renforce un peu plus le respect que je vous porte. Elle est l’exemple même de ce qui fait que vous avez su garder l’impitoyable lucidité de l’adolescence à laquelle la plupart d’entre nous s’empresse de renoncer pour se soumettre aux compromis, voire aux compromissions, que l’état d’adulte est censé imposer, ce qu’on appelle le pragmatisme. Or  cette exigence revendiquée fait de vous un adulte réaliste et non le Dom Quichotte rêveur que beaucoup aimerait vous voir jouer.

Votre exigence, la démocratie.

Véritable.

Vous en traquez les dysfonctionnements.

Illusoire ! s’exclame la majorité.

Le fait que je puisse correspondre avec vous est la preuve que non.

Que le citoyen lambda que je suis puisse dialoguer avec vous sur une certaine conception  de la politique montre bien que des dispositifs nationaux pourraient et devraient permettent un tel échange. Or Médiapart dont vous êtes un des créateurs l’autorise. Chacun de ses membres peut s’exprimer et être entendu à l’échelon national. Pourquoi ne pas en généraliser le principe ? Or vous écrivez :

 « La démocratie, c'est un écosystème qui suppose le respect des contre-pouvoirs, le souci de la discussion, la défense des minorités, l'exigence d'égalité réelle, concrètement vécue (face à la justice, au travail, au logement, à la santé, etc.), la fidélité aux engagements, à la parole donnée, le refus de l'entre-soi des élites, des oligarchies ou des avant-gardes, l'audace d'une République en invention permanente et non pas son immobilisme autoritaire, cette audace qui conditionne la confiance auprès du plus grand nombre, c'est-à-dire à la fois le peuple salarié et la jeunesse qui porte les promesses de demain. »

 

Je suis totalement d’accord avec cette magnifique définition.

 

Aussi, je vous pose la question :

 

Ne pourrait-on  réaliser ce très bel objectif en appliquant la mesure que propose Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, de créer une « Assemblée Sociale », issue directement du peuple de tous les jours, et qui, ayant un pouvoir et consultatif  et exécutif, remplacerait l’instance, à mon avis obsolète, qu’est le Sénat ?

Cette solution ne permettrait-elle pas aux 30% de suffrages de s’exprimer en d’autres termes que ceux de l’extrême droite, et de participer à la cité concrète que nous appelons de nos vœux ?