Elise Lucet, un grand merci

08/10/2014 18:03

 

Elise Lucet, un très grand merci.

Merci pour l’enquête que vous avez présentée sur la 2, hier soir, sous le titre récurrent de « Cash Investigation. Je l’ai trouvée remarquable pour plusieurs raisons.

1.      Vous avez montré au téléspectateur que j’étais, et, je l’espère, à beaucoup d’autres, une partie du travail, à mon avis exemplaire, d’une journaliste  compétente. Une partie seulement, car je peux imaginer en amont, les réunions d’équipe fixant les objectifs, déterminant un cadre, explorant les pistes, répartissant le travail : l’approche en aveugle qui s’éclaire peu à peu, les impasses à abandonner, les obstacles à franchir, les hypothèses à étayer, sans compter les heures obscures à compulser des documents, à les comparer. Une tâche humble, immense qui va disparaître sous une brume dont n’émergeront que les sommets.

 

2.      Vous nous avez montré l’audace que se permet quelqu’un dont le métier est de chercher obstinément la vérité que certains s’ingénient à cacher à des millions de citoyens :

Un personnage qui se sait aux yeux des autres  « haut » refuse un entretien à une journaliste obscure, sous le prétexte qu’il est très occupé ? Vous insistez, le poursuivez dans les couloirs en lui posant des questions si dérangeantes qu’il en perd ses bésicles, et qu’il court, affolé, ne trouvant le moyen de se débarrasser de vous et d’éviter l’esclandre qu’en vous accordant l’entretien demandé. Et là, devant ses évitements, sa mine qui se fige, ses non-dits, son refus de reconnaître  la justesse de vos hypothèses, le spectateur saisit  l’énormité  des magouilles qu’il refuse d’avouer.

           Chapeau, Madame !

3.      Point n’est besoin pour vous de longs discours verbeux pour nous faire découvrir ce que des idéologues appellent « les puissances de l’argent », « le grand capital », « La haute Finance internationale », vous nous faites simplement apparaître à travers des écrits-mode d’emploi, de  la parlotte de « communicants », c'est-à-dire des « non-parlants vrai. », ce qu’est, pour de vrai, une multinationale. Il s’agit d’une entreprise qui brasse des milliards ramassés auprès de clients de toute la planète. Or, ce qui aggrave le cas de celle sur laquelle vous enquêtez, est qu’elle vend, non seulement rien d’utile, mais de la fumée empoisonnée destiné à tuer les utilisateurs. Rien que ça ! Une des pires.

4.      Vous nous révélez les méthodes utilisées par ces gens-là pour atteindre « leurs cibles », car c’est en termes guerriers, dignes d’une école militaire, que ces stratèges s’expriment. Or, si au bon vieux temps la publicité suffisait peut-être à toucher le destinataire final, le trouffion lamba (les paquets dits de « troupe »), les méthodes se sont nettement améliorées, à présent les cibles, ce sont les états-majors, notamment dans cette enquête, les députés européens. Ceux-ci sont fichés, pour permettre aux lobbyistes de savoir comment les attaquer et leur faire prendre des décisions qui avantageront la firme. Il semble que des sommes d’argent fassent partie des arguments couramment employés.

 

5.      Mais, Madame, vous ne vous contentez pas d’aborder les ensembles, Vous nous apprenez comment ces firmes soignent le détail. Ainsi pour capter un tout jeune public, notamment féminin, et le fidéliser, ces marchands de mort introduisent dans le tabac des produits attractifs, tel que le menthol. Et ça marche. Vous nous montrez de tout jeunes gens heureux de se tirer de super-lattes avec délice et d’en décrire tout le plaisir éprouvé. Alors qu’un éminent professeur explique que le menthol permet à la fumée de descendre plus profondément dans les poumons et d’y faire encore plus de dégâts.

 

6.      Et puis, Madame, à moi, et j’espère à beaucoup d’autres, qui n’avaient de José Manuel Barroso qu’une vague idée du personnage, lui accordant plutôt un a priori favorable, vous permettez de me faire une opinion, et elle est désastreuse. Je ne comprends pas comment n’a pas été condamné pour malversations graves un homme aussi malhonnête que Barroso, qui a manifestement monté de toutes pièces, avec la complicité du Service antifraude du Conseil européen, un dossier pour se débarrasser d’un homme honnête, John Dalli, commissaire européen à la santé des consommateurs, dont il obtient  la démission. Monsieur Dalli luttait contre le tabagisme !

 

7.      Et enfin, Madame, grâce à vous et à Laurent Richard, éclate au grand jour, à travers l’aveu des cigarettiers, l’objectif unique de la Finance Mondiale : faire à tout prix de l’argent au total mépris des humains.

 

Philip Morris a commandé une étude qui  permet aux divers Gouvernements de la planète de faire des économies : Il leur suffit d’encourager la consommation du tabac. Ainsi, et l’étude, sérieuse bien sûr le prouve, les fumeurs rapporteront de l’argent à l’Etat durant leur vie active, et ce jusqu’à 54 ans. A cet âge, rongé par le tabac, ils mourront de cancer (73.000 décès annuels en France dus au tabac, 10 fois plus que la Route) et ne coûteront plus rien, ni à la Sécurité Sociale, ni aux Caisse de retraite. Argument imparable pour réduire le déficit.

 

Alors, collégiennes, lycéens, lycéennes, fumez, alcoolisez-vous, plus tôt vous le ferez, plus certainement l’Etat vous enterrera à 54 ans. Vous aurez en principe rapporté à la Nation, (marmots, boulots, impôts), mais 54 ans, c’est le bon âge pour dégager ! S’il vous plait, soyez de bons citoyens, rendez-vous utiles, à 54 ans, belle est la mort. Parole de cigarettier !