Enchanté par "la Flûte"

05/08/2018 18:22

Enchanté par la « flûte »

Bien souvent j’ai envié ces musicologues qui non seulement savourent une œuvre musicale avec une délicatesse qui émerveille le béotien que je suis, mais qui aussi peuvent en décrire l’architecture qui conduit à un tel résultat. Ainsi des « trois accords « maçonniques » en mi bémol, dont, comme du chinois, j’apprécie la musique mais non le sens.

Mais en lisant l’article paru dans le Monde du 4 août signé de Marie-Aude Roux et intitulé : «  A Salzbourg, une «  Flûte »  en chantier », je me suis réjoui de ne pas être musicologue mais seulement  « petit amateur d’opéra ».

J’ai, quoiqu’un peu prévenu, été d’abord dérouté et surpris de constater que la metteure en scène, la géniale Lydia Steier, a osé s’attaquer au livret lui-même et à une sacrosainte tradition, prenant des libertés que je crois inédites et qui, en d’autres temps auraient révolté le public, puis, adhérant au sacrilège et m’identifiant aux trois gamins, je me suis laissé porter par cette toute nouvelle histoire pour être en définitive choqué et emballé par le coup (au sens propre) de théâtre final.

C’est dire si je n’adhère pas du tout à l’opinion de l’auteure de l’article que, peut-être, bien de spécialistes ont dû cautionner. A commencer par l’invention du grand-père conteur remarquablement incarné par Klaus Maria Brandauer et qui nous vaut de retrouver notre âme d’enfant en découvrant avec les trois loupiots les inacceptables turpitudes d’une Humanité déjantée.

J’ai admire le préambule inattendu sans bien comprendre le rôle qu’il joue dans le spectacle. Sur ce point, je reconnais que l’article de Marie-Aude Roux m’a éclairé après coup.

A part la déception que j’ai éprouvée de la part du Sarastro de cette soirée et qui n ‘est pas la première, manque de coffre et d’autorité des acteurs, submergé par les vagues de l’orchestre, les autres personnages m’ont enthousiasmé.

Mais l’immense message que, magistralement, audacieusement, nous fait passer Lydia Steier  et dont ne fait quévoquer vaguement Marie-Aude Roux, est l’inversion des forces en présence, rompant en cela avec la leçon que Mozart désirait nous inculquer jusqu’alors : Ce sont les femmes qui mènent le juste combat et qui détiennent la vérité : Elles tentent de s’opposer à tous les Sarastro belliqueux, arrogants, voyous, casqués et tout aussi bien protégés qu’un Benalla. Bien sûr, elles se feront éliminer d’une balle dans la tête. Comme quoi, l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions, et les rêveurs francs-maçons ne feront qu’en entretenir l’illusion d’une paix entretenue par Mozart et qui font le lit du machisme.

Il faut l’audace d’une femme metteur en scène, Lydia Steier, pour avoir le toupet d’imposer un tel spectacle dans la ville d’une Autriche qui se laisse ronger par une idéologie d’extrême-droite.

Les applaudissements véhéments des spectateurs nous laissent espérer la réaction de citoyens responsables.