« Harcèlement sexuel : les pénis du monde hospitalier ».

29/10/2017 11:51

 

Pénis, et non dénis ; pourrait-on lire en place du titre à la Une du Monde de ce samedi.

Car, le si grand malentendu entre Femme et Homme, quel que soit le milieu, ne vient-il pas du fait que chaque individu sexué, femelle, mâle, appartient à deux mondes si différents qu’ils peuvent paraître incompatibles, opposés, voire ennemis.

Voici ce que j’écrivais en conclusion d’un blog racontant mon désespoir de père de vivre la naissance d’une fille trisomique.

 

« Je crois que « De profondis », c’est fini.

Même si je reste très triste devant le handicap de Marie, c’est davantage Marie que je vois à présent. Ce n’est plus vraiment le désespoir du « De profondis ». En tous cas, plus de la même manière. Ce n’est bien sûr pas « alléluia » et encore moins « Deo gratias » mais il m’arrive de trouver que la vie peut être belle. Quand même.

Alors merci à tous, ou plutôt merci à toutes puisqu’il me semble que les commentaires ont été signés dans leur grande majorité par des femmes. 7.404 pages de ce blog lues, 2.666 visiteurs, et seulement deux, je crois, réactions d’homme, de pères, mais justement pas n’importe lesquels, des pères adoptifs !!!

Alors je m’interroge sur ce silence des hommes. Et je me demande si ce silence n’est pas dû au fait que le « être père » n’a rien à voir avec le « être mère ».

Quand j’attendais la naissance, ce qui me trottait dans la tête, c’était une invention, une abstraction, qui prenait forme au gré des événements, et disparaissait lorsque le quotidien m’accaparait. Plus Sylvie, ma femme, était lourde, plus moi j’étais léger d’un enfant imaginaire qui n’attendrait que la naissance pour se concrétiser.

Alors que la gestation de Sylvie se passait dans ses entrailles, dans son utérus, au rythme des battements de son coeur, en suivant les aléas de sa digestion, le mouvement de ses déplacements, dans un corps à corps éminemment physique, dans un dialogue intime de tous les instants.

Ma gestation à moi se passait dans mon crâne, au fil de mes fantaisies. Je dessinais un bébé adorable, tout juste si je ne l’affublais pas d’ailes. En fait,  je la voyais presque adulte, une belle fille brune, fine, élégante, intelligente, sensible, ou blonde, pétillante, amusante, conquérante. Dans tous les cas, elle réussissait de brillantes et passionnantes études, se bâtissait une vie exaltante.

Or pendant ce temps, se construisait secrètement un être dont chaque cellule du corps comportait un chromosome à trois pattes qui allait le coller au sol, l’engluer dans la débilité.

C’est dire si ce monde merveilleux et fictif m’explosa au visage lorsqu’arriva, bien réelle, celle qui devint Marie.

Pour moi, Marie assassina Katixa ! Et un peu moi aussi.

Tandis que pour Sylvie, ce fut la continuité. L’enfant était certes différent de celui que nous attendions, qu’elle attendait, mais c’était « son » enfant. De ça elle ne pouvait douter. Elle l’avait portée dans son ventre, elle l’accompagnerait dans la vie.

C’est vrai que ça peut se passer autrement aussi : l’une de vous, maman d’un enfant trisomique, m’a dit que pour elle aussi ça avait été l’horreur, qu’elle avait failli y laisser sa vie, sa santé mentale. Comme je la comprends.

Ça n’a heureusement pas été le cas pour Sylvie.

Mais moi, je ne me reconnaissais pas père dans la fille que je voyais là. Je ne pense pas avoir l’exclusivité de cette gestation paternelle, cérébrale. N’est-elle pas essentiellement celle que vit tout être humain mâle ? Peut-être est-ce même là le prototype de toute démarche humaine :

La femme conçoit, au réel risque de sa vie, un être de chair et de sang, appelé à grandir et à devenir indépendant, mais qu’elle va prendre en charge durant de longues premières années.

L’homme conçoit sans contraintes, en toute légèreté, et sans risque, des abstractions, des systèmes, des modèles obéissant à sa volonté et susceptibles de satisfaire ses désirs, dont, par exemple, et quelquefois par hasard, des enfants.

La vie, pour lui, n’a pas le même poids que pour la femme. C’est quasiment une fiction qu’il peut modifier, voire supprimer au gré de ses fantaisies, de ses « principes » (crimes d’honneur, guerres…).

Donc deux projets fondamentalement différents, théoriquement complémentaires mais qui peuvent devenir si opposés… Un homme, une femme, ce sont deux univers essentiellement, fondamentalement, viscéralement différents, presque incompatibles. Voilà un peu de ce que j’ai compris ces jours.

Sur ce chemin parcouru avec vous, j’ai perçu ma fragilité d’homme, de mâle, et ça m’a fait peur. Mais je crois être devenu un père différent, le père d’Hugo, ce petit garçon qui m’emplit de ravissement, mais aussi le père de Marie. Finalement un père moins superficiel, plus tolérant, et ça, je le dois à Sylvie, bien sûr, mais à vous aussi.

Je veux vous dire toute ma gratitude.

Merci à vous : « A », Anne, Kheyliane, Idril, Anwamanë, Petitemaman, Mamandedel59, Marie-paule, Laurent, Flo, Sorry, Dajoky, Florence, Mamyjuju, Quidam, Vertie, Mouette59, Ortie, Sofie, Reevolution, Wentvorthlady, Shaade, Fonsine, Manu, Elle Groggy, Elorine, Sophie, Anis, Eureka, Samuel, Liloe, Marie-aude, Lili, Langage,….