Histoire de la haine entre "Médiapart" et "Charlie Hebdo"

17/11/2017 15:40

 

Une pleine page d’Ariane Chemin est consacrée par le Monde du 16 novembre à la guerre que se livrent deux équipes de journalistes de gauche, jadis plutôt en bons termes, « Médiapart » et « Charlie Hebdo ».

Il me semble que cette hostilité exprime une attitude qui dépasse largement le simple cadre professionnel et l’actualité. Elle est la banale traduction de deux regards que chacun peut porter alternativement  sur soi-même et les autres : haine ou bienveillance.

C’est à l’adolescence que cette alternative s’est imposée à moi grâce à la lecture de « Citadelle » de Saint-Exupéry. L’auteur m’a paru dénoncer tout au long de son ouvrage le mépris, pour ne pas dire la haine et le désir de tuer, que jette sur autrui le moqueur. Or moi qui étais, à cette époque, assez mal dans ma peau, me trouvais pris en flagrant délit de contradiction entre ce que me dictait mon milieu : le respect de l’autre, et l’attitude moqueuse systématique qui était la mienne dans mes échanges avec l’extérieur.

Je sentais bien que, sur la défensive, me réfugiant dans l’attaque, j’utilisais une manière peu glorieuse d’être au monde qui ne me satisfaisait pas, mais j’avais l’impression de ne pas avoir d’autre choix que ce porte-à-faux.

Par la suite, j’ai pu atténuer cette fâcheuse attitude en jouant du procédé « pince-sans-rire », mais je tente de me garder de cette causticité si mortelle.

C’est sans doute cette raison qui a fait que je n’ai jamais adhéré à Hara-kiri ou à Charlie Hebdo, trop « moqueurs », alors que durant ma vie professionnelle j’ai été lecteur assidu du « Canard Enchaîné », qui, livrant des informations vérifiées, me semblait ne jamais tomber dans la critique négative systématique.

Puis Edwy Plenel a créé « Médiapart ». J’ai de suite adhéré à sa ligne éditoriale et surtout à la possibilité d’expression sans censure. Je me suis trouvé la plupart du temps en accord avec MDP, beaucoup moins avec les abonnés partisans de la politique de Mélenchon qui, en démocrates responsables, défendaient leur point de vue. Pourtant, même si je trouve essentiel le travail d’Edwy Plenel, il m’’est arrivé de lui manifester mes désaccords, et lui les siens. (https://blogs.mediapart.fr/jean-marie-charron/blog/010113/bonne-annee-edwy)

( https://blogs.mediapart.fr/edwy-plenel/blog/030113/laffaire-greenpeace-reponse-aux-questions-dun-abonne )

Par contre, les assassinats et carnages perpétrés par des fanatiques islamistes ont accru mon questionnement vis-à-vis de « Charlie Hebdo ».

Bien sûr que les assassins n’ont aucune excuse, même pas leur immense inculture, mais je crois que les caricatures ont été perçues par ces fanatiques comme l’expression du mépris de  l’Occident envers la religion musulmane. Et les caricaturistes, embarqués par l’effet du groupe, n’ont pas réalisé que la pointe de leurs crayons était aussi mortelle pour les fidèles d’une foi que les balles d’une kalachnikov. Il fut un temps où les bûchers de l’Inquisition étaient le même type de réponse que celle des islamistes.

Or les caricaturistes se sont fait les porte-paroles d’une partie de la population vivant de l’islamophobie. Leur causticité vis-à-vis de toute religion les a empêchés de saisir combien en se moquant de dogmes qu’ils considèrent - et c’est leur droit - comme des enfantillages, il blessait à mort des personnes dans leur identité.

La laïcité exige le respect des personnes et de leur croyance.

Pour moi, entre « Médiapart » et « Charlie Hebdo », il n’y a pas photo.