Indépendance écossaise

16/09/2014 12:56

 

Même si l’on n’a pas dans sa famille des parents irlandais, nés en Ecosse et vivant dans la banlieue londonienne, il n’est pas possible d’être indifférent au référendum tout proche qui va donner ou non son indépendance à un peuple.

Il ne semble pas que ce scrutin ait pour raisons des questions de nationalisme, ou d’économie.

Le peuple écossais à une conscience de soi suffisamment affirmée et cohérente pour ne pas avoir besoin de la revendiquer : Le peuple écossais existe, fier d’une identité, ressentie par chacun de ses membres, semble-t-il, et que nul ne remet en cause, pas plus un anglais que quiconque.

La raison de ce scrutin ne semble pas non plus économique. Le couple formé avec les anglais ne paraît pas désavantager l’un ou l’autre peuple. Les atouts, différents, que détiennent chacun  semblent plutôt complémentaires, et favorisent le mieux être de l’ensemble.

La nécessité de l’indépendance ressentie par l’ensemble du peuple est plus subtile et profonde, puisant sa force au cœur d’un enjeu essentiellement politique : sa sensibilité de gauche. L’Ecosse porte son cœur à gauche, l’Angleterre a le portefeuille à droite.

Oui, le peuple écossais s’est forgée depuis la nuit des temps, au cours des épreuves partagées, dans un paysage et climat de rigueur, une solidarité et une générosité qui a cimenté sa cohésion, qui a fait de chaque membre un être partageur sans être dépensier, connaissant trop bien le prix de la sueur. C’est toute la différence avec le peuple voisin et ami avec lequel, depuis trois cents ans, il a dû partager le même petit continent. Et cette différence est énorme : L’Ecosse est de gauche mais doit subir une politique de droite, de quoi fendre le cœur !

L’Angleterre, la méridionale du continent, a suivi des chemins tout à fait différents. Elle a fait partie de ces pays qui se sont partagés durant des siècles et quelquefois très violemment les richesses de la planète. Elle est parvenue à être la puissance coloniale la plus étendue. Et pour ce faire, elle a dû calculer, organiser, soumettre, imposer, punir, pour enfin régner. Elle a dû  faire fonctionner beaucoup plus son cerveau que son cœur. Il lui en reste quelque chose qui a fait de Londres une place forte financière, et de son peuple la nation conservatrice par excellence.

La différence est abyssale.

Et on peut comprendre le déchirement ressenti par l’Angleterre à l’idée que l’Ecosse se détache d’elle. Elle perd sa bonne conscience.

C’est donc toute l’Ecosse qui aspire à l’indépendance pour ne pas perdre son âme.

Mais une partie, peut-être minoritaire –nous le saurons bientôt- hésite, et on peut aussi la comprendre : Un aphorisme français dit : « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». Or dans un monde de grande instabilité, où des états veulent en dévorer d’autres, la Russie l’Ukraine, Israël la Palestine, certains écossais craignent pour leur existence s’ils perdent ce qu’ils ressentent comme étant une prothèse qui les aide à marcher depuis si longtemps. Il s’agit de prudence, peut-être même de peur, un peu comme l’oisillon qui ne peut que se jeter dans le vide s’il doit pouvoir voler de ses propres ailes.

Que va décider le peuple écossais ? Avoir accepté d’organiser ce référendum est déjà en soi un immense acte de foi et de courage. L’Ecosse est décidément un grand peuple.