JE PENSE

11/02/2017 13:35

 

 

 Il nous reste 85 jours d’ici l’élection présidentielle pour PENSER  et décider qui serait la personne la plus apte à présider la France.

 Descartes, en publiant malgré le risque de peine de mort de l’Inquisition son « Je pense, donc je suis » a proclamé la spécificité de la personne et de l’espèce humaine qui est de penser.

Or si la puissance des média nous fournit l’occasion exceptionnelle de nous informer, elle possède aussi le redoutable pouvoir de nous intoxiquer. Il devient difficile de distinguer le vrai du faux, le juste du traître, l’honnête du truand.

Pour ma part, je me suis forgé au fil des ans une certaine idée de la justice. Ça a commencé très tôt mais une de mes premières questions ontologiques distinctement formulées remonte à mes dix ans, lorsque je vis, à Laxou (54), en1939, les soldats français monter au front en chantant, aussi heureux que s’il partait en vacances ! Je n’en croyais pas mes yeux. « Comment était-il possible que des grandes personnes se réjouissent d’aller tuer d’autres personnes, ou de se faire tuer ! » Il ne faut pas croire ceux qui prétendent qu’un enfant ou un jeune, ça ne pense pas très sérieusement ! Peut-être même plus que beaucoup d’adultes qui sont amenés à renoncer à penser.

Or la suite des événements n’a fait que confirmer mes appréhensions : La « drôle de guerre » durant laquelle j’ai joué avec ces grands gamins inconscients qu’étaient les jeunes soldats, à Flins (54) et dont j’ai retrouvés un matin les cadavres accrochés à leur mitrailleuse. Puis l’Occupation par les nazis. J’ai découvert ma capacité de haine, ma faculté de haïr des humains semblables à mes parents, les nazis, mais qui, comme hypnotisés par un fou, n’avaient plus rien d’humain.

Puis j’ai participé à la liesse de la Libération à Contrexéville (88), la joie de la rencontre avec les glorieux soldats de la 2ème DB, j’ai même, comme eux, vu et vénéré Leclerc. Me suis réjouis devant le cadavre de l’officier qui, la veille nous menaçait, mais eus honte de la populace, nourrie du « marché noir », qui sortant de leur passivité, tondait et humiliait des femmes sous prétexte qu’elles auraient fricoté avec les allemands.

Puis, rappelé par l’armée lors de la crise de Suez, j’ai découvert l’Algérie et là ce fut de nouveau un choc. Je découvris que moi, parce que métropolitain, j’étais un vrai citoyen, mais que tous les vrais habitants de ce si beau pays n’étaient que des sous-hommes. En Kabylie, j’ai soulevé la toile de la tente où étaient retenus de dangereux fellaghas et je n’y ai vu qu’un gamin et un vieillard. J’ai pensé un instant me trouver du côté des nazis.  A la grande poste d’Alger d’où je voulais expédier un colis, j’ai pris comme je pensais tout simplement normal la suite de la longue file d’attente devant le guichet. Une femme m’a pris par le coude et m’a fait longer la longue file pour me planter devant le guichet. La honte !

Pour moi la nature du combat des Algériens pour imposer leur statut d’êtres humains à part entière et celle de la Résistance française au nazisme était identique, non seulement légitime mais d’une nécessité absolue.

Aussi j’ai applaudi des deux mains la décision du Général De Gaulle de décider l’indépendance de l’Algérie. D’autres, dont Jean-Marie Le Pen, n’ont jamais digéré cet acte de justice élémentaire. Leur haine pour l’étranger, partagée avec beaucoup de « pieds-noirs », mais pas tous, ne s’est jamais tarie. Le programme de Marine Le Pen, la digne fille de son père, en est l’actualisation.

Plus tard, avant et après l’indépendance des territoires d’AOF, j’ai été chargé par « les scouts de France » d’organiser la transition de ce mouvement totalement dépendant de la métropole en une institution autonome. Là encore j’ai constaté le scandale de la colonisation : Les « indigènes » considérés comme sous-hommes par la plupart des blancs. Il est très difficile de changer de mentalité, et les policiers, chargée actuellement de maintenir l’ordre, ont bien du mal à se débarrasser de tous ces préjugés.

Mon parcours explique l’intime conviction que j’ai que « Le Pen présidente » serait un grand malheur pour la France et l’Europe, un immense gâchis.

Reste les autres.

Fillon. Pour moi, c’est pire ! Si Marine Le Pen a l’excuse d’être l’enfant née de la haine et la perpétuant, Fillon n’a aucune excuse. Né dans un milieu cultivé où l’on prône l’amour et le respect du prochain, il s’est sculpté habilement une statue de saint-patron de la probité. Or voilà que la France découvre qu’il s’agit d’un escroc si habile que ses forfaits sont, paraît-il, inattaquable légalement. Le comble de la malhonnêteté ! Comment s’en mettre plein les poches, acquérir un statut de châtelain dont la respectabilité se mesure en nombre de pièces et d’hectares de terrain, quel art ! La cause est pour moi entendue : cet homme n’existe plus.

Et Macron, cet agneau innocent qui, ô miracle, vient de naître à la politique, parrainé par une bonne fée nommé ‘Rockefeller’. Il est vrai que ses arguments de campagne semblent faire mouche et autorité : séduction, gesticulation, décibelisation, arguments imparables. Quant au programme, ça semble plus difficile à accoucher. Manœuvrer habilement pour se faire embaucher par le président, utiliser ce tremplin pour  sauter dans le grand bain de l’élection, y faire quelque brasses et embrassades, ça demande de l’énergie, la réflexion peut attendre, et les électeurs aussi, censés en bouillir d’impatience. Donc ce serait à voir mais pour moi c’est tout vu ! ça pue la Finance !

Reste les autres, c'est-à-dire, pour moi, la Gauche.

J’ai trop été marqué par les injustices faites aux autres (alors que moi j’estime avoir eu la chance d’y échapper, ce que je souhaite à tous) pour ne pas les considérer avec attention et bienveillance. J’adhère à leurs programmes que je sais améliorables, mais j’ai bon espoir que leurs auteurs auront l’intelligence d’unir de manière cohérente, leurs propositions, avec exigence, car seuls, dispersés, ils risquent fort de ne pas passer. Ce serait dramatique, pour la France, pour l’Europe, pour chaque citoyen honnête.

Alors je m’informe, je partage, je continue de penser. Cette liberté, la pensée, est, selon Hannah Arendt, le bien que les nazis et autres dictatures ont tenté ou tentent encore de supprimer pour mieux nous dominer. Résistons, pensons !