Je suis déboussolé

03/05/2014 11:11

 

Je suis déboussolé

Je suis déboussolé devant le spectacle offert par les conflits récents ou actuels dans le monde. D’abord, évidemment, face à cette guerre de 14-18 qui a embrasé la planète et dont beaucoup pensaient que c’était la dernière, tant les souffrances causées hurlaient l’absurdité.

Puis il y eut cette guerre civile espagnole, ignorée par beaucoup, sauf par ses victimes, et qui servit d’apéritif à cette nouvelle « grande » guerre, absurde autrement, où la haine de l’autre s’est étalée au grand jour, s’attaquant en masse aux civils, et pas n’importe lesquels, opposants internes d’abord, puis juifs, tziganes, homosexuels, communistes, qui, de leur côté, mais plus discrètement, exterminèrent tout ce qui ne leur plaisait pas, des millions de personnes.

Puis d’autres, l’Indochine, le Vietnam, la Corée, l’Algérie, la Palestine, l’Afghanistan, l’Irak, la Lybie, le Congo, et à présent l’Ukraine, et encore la Palestine…et j’en oublie sans doute. Toutes aussi absurdes, faites de stupides affrontements religieux, ou, et, économiques, des guerres de vaniteux.

Oui, je suis déboussolé. Vraiment.

Longtemps j’ai eu grand plaisir à courir les somptueuses forêts vosgiennes, en groupe ou souvent seul, et j’aimais ce génial et fidèle instrument qu’on appelle une boussole, qui m’indiquait sans faillir la direction à prendre. Je l’ai tant aimée qu’elle est pour moi devenu un symbole que je trimbalais dans non sac, en pleine ville, en allant à mes cours. Pour le plaisir, simplement.

Aujourd’hui, elle est toujours là, ma boussole, cachée dans un tiroir et encore disponible. Si je la sollicitais ce matin, que pourrait-elle me dire ? Sans doute elle s’affolerait. Elle me signifierait que tout autour de moi, les gens disent oui, disent non, tirent à hue et à dia, ne savent plus bien où donner de la tête, ou s’ils adoptent une position ferme, c’est moins par conviction que pour arrêter le tournis qui les prend, pour se rassurer enfin, suivre n’importe qui, mais aller jusqu’au bout. Ils sont aussi perdus que moi, et se cramponnent à n’importe quoi, n’importe qui, un habile charlatan, ou un très sérieux expert dont  la foi des autres en eux confortent les certitudes à tel point qu’ils finissent par croire en leur propre boniment.

Alors moi, que fais-je au milieu de ces gens ? Je me raccroche tout bêtement et peut-être bien à tort à un principe auquel je crois encore : la démocratie.

Il se trouve que j’ai voté sincèrement, avec conviction, pour l’homme qui a été élu, que la majorité de mes concitoyens a comme moi porté à l’Elysée. Cet homme, s’appelle Hollande. Il ne paie pas de mine, n’expose pas ses biscotos à la Poutine, ne campe pas sous tente bédouine dans les jardins de son palais. Il ne mesure même pas les deux mètres d’un de ses prédécesseurs, et s’il en a la gouaille, ça sèmerait plutôt la pagaille. Il n’est pas fidèle, mais en cela il est de son temps et, au lieu de se reconnaître en lui, chaque citoyen au contraire lui reproche de ne pas être différent.

En résumé, cet homme, pour l’immense majorité des ses concitoyens est à présent mauvais. La meilleure preuve : sa cote de popularité. Ah que n’a-t-il celle enviée de Merkel ! Ça, au moins, c’est un chef d’Etat ! Quel succès ! Voyez comme elle sait conduire un Pays ! A tel point que jaloux, certains français commencent à l’affubler d’une petite moustache, et même d’une croix gammée.

Que manque-t-il à Hollande de si capital, qu’il conduit la France à sa perte ? Très humblement, je répondrais « un peuple ». Un peuple allemand. Pour moi, ce qui fait la force de ce pays, ça n’est pas Merkel. Certes, elle y est aussi pour quelque chose, mais sans son peuple, sans la solidarité de son peuple, son courage, elle ne serait rien. Mettez la à la tête de la France, le pays sombrera. Faute à l’indiscipline de son peuple. Celui-ci est frondeur par culture, par tradition, pour le plaisir du jeu, par forfanterie. Chacun de nous est responsable du marasme ambiant, et nos représentants, députés, sénateurs, chefs de parti, chef d’entreprise à la Kron, qui risque de brader un joyau de notre industrie, de jeter du personnel au chômage, et les poches bien remplies ose dire : « J’assume ». Mais aussi les syndicats qui s’ingénient à scier la branche qui les porte. Tous.

Nous avons majoritairement, en toute légalité, voté « Hollande », pour cinq ans, alors pendant cinq ans, soutenons-le. Personne, isolé comme il l’est, ne fera mieux que lui. Nous lui avons officiellement confié le Pays, alors pourquoi ne pas lui faire confiance ?