Je suis toujours vivante

28/06/2016 15:35

 

Je suis encore vivante

Peut-être que les personnes qui ont l’âge de la Reine d’Angleterre sont, comme cette « Majesté », tout étonnées d’être encore vivantes et d’avoir survécu à tant de chaos.

C’est vrai que leur destin n’est pas banal.

Les années 1914/1918 révélèrent pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité la puissante cruauté qu’ont les hommes à haïr l’étranger. Auparavant, cette cruauté s’exprimait de manière méchamment artisanale.

Disposant des progrès de l’industrialisation naissante, les hommes purent enfin fabriquer des machines à la hauteur de l’intensité de leur haine, capables de transformer de jeunes hommes qui ne demandaient qu’à vivre en un immense étal de charcuterie et de hacher des tonnes de chair humaine en menus morceaux.

Mais on n’arrête pas le progrès.

Ceux qui échappèrent à ce carnage, la génération des parents d’Elisabeth II, s’empressèrent de faire des enfants dont les premiers furent en âge d’alimenter le carnage qui suivit, en 1939. Ces enfants sont-ils nés plus d’une intention de revanche que d’un désir  de célébrer la vie ?  Tout dépend sans doute du Pays, et de ce que certains appellent pour chacun « Pulsion de vie », « pulsion de mort ». Hitler, quant à lui n’a eu qu’à puiser dans un immense réservoir de haine.

Les rêves des tout jeunes mobilisés de 39, anglais ou français, même pacifistes, avaient été suffisamment alimentés des cauchemars de leurs parents pour ne pas rentrer tout à fait innocemment dans cette guerre. Et celle-ci se montra infiniment plus carnassière que la première.

Les progrès scientifiques parvinrent à la hauteur de la haine de l’Autre. Et l’Autre étant partout, en chaque être humain, il devint évident que l’Humanité toute entière disposait de la liberté de se suicider. Cette utopie devenait techniquement possible.

Elisabeth II et ceux de sa génération rêvèrent alors d’une Europe enfin pacifiée. Depuis des millénaires, cette région n’avait cessé de se chamailler pour des frontières mouvantes, au gré d’alliances éphémères. Naquit une idée, modeste au départ et qui prit de l’ampleur, suscitant l’enthousiasme chez certains : une Europe Unie, pacifique et heureuse.

Même un pays comme l’Angleterre que l’insularité rend frileuse se joignit au mouvement en signant des traités d’une encre « sympathique », de celle qui disparait ou réapparait selon les humeurs du moment. C’est dire si l’espoir était grand.

Mais c’était sans compter avec les bureaucrates, ces rabat-joie, fossoyeurs de générosité, croque-morts qui momifient la vie, qui prétendent transcrire vos désirs alors qu’ils les dessèchent, et les détournent à leur seul profit qui est de régner, diriger, commander, infantiliser les peuples.

Nous n’avons pas su être vigilants, nous méfier de ces gens qui ne vous veulent que du bien.

L’Angleterre a été peut-être plus lucide en utilisant à son profit les faiblesses de la technocratie alors les Etats fondateurs lui ont fait trop confiance et ont accepté sans broncher le double-jeu du Luxembourg, trop petit pour être dangereux. Peut-être même que l’Angleterre va retourner le Brexit à son avantage en tenant la place de paradis fiscal pour  riches européens malhonnêtes que le Luxembourg va devoir abandonner.

Ainsi depuis 1914, (et avant, cf l’ère industrielle) la planète Terre a vécu et vit des événements dramatiques or Elisabeth II est encore vivante, cramponnée à son peuple et réciproquement. Elle écrit de sa main, parai-il,  à tous les centenaires de son royaume, peut-être bien qu’un jour elle s’écrira, s’écriant « la vie est belle et elle continue ! »

Du moins pour un temps !

En attendant, la très grande équipe de foot d’un minuscule pays a baladé la très grande équipe d’un pays perdu.