Jean Bergeret et le violence fondamentale

16/07/2016 20:41

 

Jean-Bergeret    et la violence fondamentale.

 

Je viens d’apprendre en lisant la nécrologie du Monde, la mort de Jean Bergeret.

Jean Bergeret, un de mes maîtres et ami, était un grand homme. Résistant stéphanois, comme son père, dès  40, puis interne remplaçant en psychiatrie durant la guerre à Saint-Etienne en a fui la violence, pour terminer ses études de médecine comme pédiatre. C’est à Casablanca qu’il découvrit la psychanalyse en rencontrant René Laforgue, le premier disciple français de Freud, et fondateur de la Société psychanalytique de Paris. Jean Bergeret s’installa à Lyon où il fonda la société lyonnaise de psychanalyse. Et, en 68, devint enseignant à Lyon 2 qu’il ne cessa enrichir et de stimuler.

Il fut un clinicien passionné et rigoureux, toujours en recherche de comprendre les subtilités de la psyché. Il publia des travaux qui ont vite fait partie de la formation des praticiens en Sciences Humaines, affinant sans arrêt les concepts freudiens, les passant au crible de la clinique. Il forma des générations de praticiens français, et fit partie de ces grands noms de  la recherche internationale.

Il y a quelques heures, alors que je rédigeai le précédent billet et que, n’ayant pas encore reçu par la poste le Monde, j’ignorais sa mort, je pensais à lui e pensant à la formation des journalistes car in a écrit parmi d’autres un ouvrage essentiel : « la violence fondamentale ». Il tente de comprendre ce qui pousse les humains (et tout le vivant) à vivre pleinement, et il explique que c’est la « violence » qui donne notamment le désir de se réaliser et qui est « fondamental » c'est-à-dire qui fait partie des fondations de la personne et des groupes.

Sans la violence, dont le nom latin vient du grec, bia, la violence, et bios, la vie, nous n’existons pas. Et Jean Bergeret distingue fermement la violence de l’agressivité, qui elle, est une défense lorsque la personne n’est pas ou n’a pas le sentiment d’être respectée.  Aussi, s’il  a passé sa vie à soigner les blessures profondes de la psyché, il a estimé préférable de prévenir celles-ci. Si la personne est heureuse et a le sentiment d’être reconnue, respectée, elle ne sera pas agressive et commettra pas de violences (au pluriel, c'est-à-dire d’actes contre elle-même ou contre les autres.

Et je pensais précisément tout à l’heure, que la mission du journaliste n’est pas seulement de décrire, d’informer, mais de comprendre d’abord pour ensuite lire l’événement et en transmettre sa compréhension.

Parmi les pistes indiquées par Jean Bergeret, il en est une qu’il a beaucoup creusé, la mythologie grecque, et la littérature.

Ainsi Jean Bergeret évoque les intrications permanentes entre les divinités héllènes et la masse des humains. Certains crimes allègrement commis par les premiers ne sont pas forcément autorisé aux autres. Et je me demande s’il n’y aurait pas quelque chose à comprendre de la violence des religions parfois jusque l’insoutenable, le daech, Israël, dans ce rapport entre enfants et parents, les adultes et leurs dieux. Les personnes méprisées s’identifiant à leurs dieux et se sentant dans la nécessité de les venger.

Ça n’excuse rien, ça peut aider à comprendre l’inimaginable, et peut-être mieux prévenir.

Plutôt qu’un lance-rocket à l’entrée de la promenade des anglais, créer des écoles.

Sa grande connaissance de l’humain avait fait de Jean Bergeret un homme bon.