La chambre à dépoussiérer

29/12/2016 19:00

 

Une chambre des députés à dépoussiérer

Le quinquennat présidentiel va, en France, bientôt se terminer. François Hollande, en décidant de ne pas briguer un second mandat, s’offre une plage de plus de trois mois pour laisser à son successeur un pays en meilleur état qu’il ne l’a trouvé, et ce malgré les immenses difficultés qu’ont connues durant cette même période quasiment tous les chefs d’Etat de la planète.

Mais parmi ces difficultés, certaines sont propres à la France, dues, selon moi, moins aux personnes elles-mêmes qu’à  la vétusté de l’appareil des instituions.

Les institutions, tout comme les personnes, naissent, vivent, grandissent, évoluent, vieillissent et meurent. Or notre pays a connu un certain nombre de ces institutions qui, au long des siècles, l’ont façonné pour lui donner sa physionomie actuelle, et constituer ce qui pourrait s’apparenter à un génome. Ainsi l’Ancien Régime et sa très longue histoire a laissé une empreinte indélébile, toujours à l’œuvre,  et qui donne une coloration bien particulière à notre République. Les étrangers peuvent être séduits par son allure « vieille France » et si, nous autres, ses citoyens, faisons mine de nous en offusquer, nous apprécions le luxe avec lequel nos présidents savent accueillir leurs hôtes, comme nous-mêmes en tentons l’exploit lors de nos modestes fêtes roturières.

Aussi je me demande si notre Président s’étant heurté aux lourdeurs excessives de l’appareil d’Etat n’a pas jugé inutile de devoir, cinq ans encore, jouer les Sisyphe. Ayant compris qu’il avait été piégé par des Institutions qui l’empêchaient de mener une vie de « président normal », il a préféré se donner trois mois et demi pour aplanir le somment de la montagne et permettre à son successeur de poser un à un ses boulets pour ne pas chaque fois les retrouver en bas.

Moi président, de quelle vieillerie encombrante m’empresserai-je de me débarrasser en premier ?

Je commencerais par ce dinosaure qu’est pour moi le Sénat. Je sais que le risque en serait grand puisque le Général de Gaulle a essayé, par référendum, de s’en débarrasser tant il le ressentait comme un frein qui empêchait toute innovation. Or il a échoué en 1969, ce qui lui a valu en partie de démissionner.

Moi président, je m’attaquerais ensuite à la Chambre des députés. Eux sont bien sûr indispensables mais ne peuvent être utiles qu’en étant beaucoup moins nombreux. Leur nombre est aujourd’hui de 577. Ce nombre très élevé semble dû au raisonnement simpliste que plus on est, mieux on travail. Comme si un puits creusé par un ouvrier en 100 jours le serait en un jour par cent ouvriers ! Le nombre de 577 est estimé beaucoup trop important pour permettre un travail efficace, car à moins de jouer les ténors, peu ont la possibilité de se faire entendre, d’écouter les autres, d’échanger clairement. En l’état, ce ne peut être qu’une foire d’empoigne, un panier de crabes, ou un troupeau de moutons avec quelques patous pour les indications de vote. Or 300 députés (150 femmes, 150 hommes) paraît être un nombre efficace.

Par contre, les personnes qui du jour au lendemain deviennent députés, ont besoin d’informations et conseils dans des domaines inconnus d’eux et qu’ils auront à traiter. Elles  devraient pourvoir faire appel (par contrat par exemple) à des spécialistes réunis en une sorte d’académie polytechnique qui remplacerait avantageusement les sénateurs.

Moi président, et démocrate, je referais de la France une démocratie. Car je serais désolé de constater que le pays est actuellement une oligarchie : la grande majorité  des députés sont des cadres supérieurs, ou de profession libérale, une grosse minorité de cadres moyens ou enseignants, 1 personne de la classe ouvrière. Autrement dit, ces députés sont toutes des personnes à la vie en principe confortable qui règlementent la vie d’une population dont ils méconnaissent les aspirations. Ne serait-ce pas ce qu’on appelle du paternalisme ?

La nécessité d’établir un mode de délégation équitable s’impose, comme créer des collèges, différenciés par leur ressources (la feuille d’imposition) qui distinguerait « les fortunés » des « aisés » et des « laborieux » représentés respectivement, par 50, 100, 150 députés ? Ce dispositif n’est sans doute pas parfait mais mieux que les 100 cadres supérieurs + 50 cadres moyens + 1ouvrier agricole qui actuellement régissent la France entière. Or être méconnu de l’Autre conduit au mépris, à la haine, au meurtre, à tous les extrémismes.

Je suis persuadé et espère que Monsieur François Hollande va mettre à profit les mois de présidence qui lui restent pour débarrasser le système des pesanteurs qui l’ont en partie empêché de réaliser pleinement des objectifs inachevés mais deviendraient possibles.