La conscience

06/03/2015 22:54

Fleur Pellerin a déposé sur Twitter ce message :

« Selon le ministère irakien du tourisme, la folie obscurantiste de Daech aurait encore frappé à Nimroud, site archéologique majeur #révulsion »

Il n’est en effet pas de mots pour décrire ce que des êtres qui appartiennent au genre humain sont en train de faire dans leur propre pays, à leur propre culture, envers la prestigieuse mémoire de leurs ancêtres.

Ce serait un tremblement de terre, un troupeau de buffles, un chancre ravageur, une vermine quelconque, qui saccageraient ces trésors archéologiques, tous les humains dignes de ce noms seraient atterrés, bien sûr, et de multiples organismes se mobiliseraient pour tenter de réparer les dégâts. Le plus désolant est qu’effectivement, ces casseurs « appartiennent au genre humain » !

 

Or si ce gâchis nous touche tant c’est parce qu’il est perpétré par des gens supérieurement intelligents. Ce sont sans doute eux qui tiennent le marteau-piqueur, qui manipulent le bulldozer , car ils ne trouveraient pas de gens simples, honnêtes, sensibles, respectables et respectueux,  conscients de l’insulte lancée ainsi aux ancêtres, qui accepteraient de faire ce minable travail. Sauf si leur vie en dépend, bien sûr.

Et puis ces prestigieux chefs d’un Daech dont l’appellation me fait penser à Dachau, ne veulent sans doute laisser à personne la jouissance que leur procure cette provocation lancée à la face de l’Humanité.

Oui, ils sont intelligents. Ils savent qu’ils touchent à ce qui est plus sacré encore qu’une vie, comme tous ceux dans le passé qui ont donné la leur pour une juste cause. Ils égorgent  mais s’aperçoivent ensuite que ces gens deviennent les témoins de leur impuissance, de leur débilité sentimentale, et deviennent des martyrs qui desservent leur cause.

Ceux qui les gênent aujourd’hui ne sont plus ces ennemis vivants qui constatent leur misérable incurie. Non, les gênent leurs propres ancêtres, ces anciens, géniaux, sensibles et généreux,  qui, leur ayant permis d’être ce qu’ils sont ne se reconnaissent plus en eux. Ils se sentent trahis par de si piètres descendants.

Traîtres, félons fêlés, voici ce qu’ils découvrent être. Des renégats qui crachent sur un Dieu qu’ils prétendent adorer.

C’en est trop pour eux.

Ils ne supportent plus de voir leurs ancêtres à travers ces merveilles sculptées pour célébrer la beauté des origines et la grandeur d’un peuple. Ils ne peuvent que se vomir d’être ce qu’ils sont devenus, des caricatures de croyants.

Les trésors ne sont plus, mais reste, ineffaçable, le souvenir de leur intention : tuer leurs pères.

 

Ce crime les poursuivra, partout où iront. Comme un certain Caïn :

 

Alors il dit : « je veux habiter sous la terre

 Comme dans son sépulcre un homme solitaire

Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien »

On fit donc une fosse et Caïn dit « C’est bien ! »

Puis il descendit seul sous cette voute sombre.

Quand il se fut assis sur une chaise dans l’ombre

Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,

L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.