La France hémiplégiaue

14/12/2015 13:48

 

 

La France, ce week-end, a montré un bien curieux visage : efficace et triomphante le samedi avec l’aboutissement de la COP 21 qu’elle avait organisée et présidée, et manifestement paralysée et défigurée le dimanche à l’occasion  des élections régionales.

Le Parti Socialiste dont l’arrivée au pouvoir avait suscité un immense espoir a complètement raté l’occasion de faire triompher ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité.

Liberté. On a pu voir la facilité avec laquelle en situation de grand danger le Président de tendance socialiste et son gouvernement ont réagi en restreignant les libertés collectives et individuelles, sans pouvoir prouver l’efficacité des méthodes et sans, me semble-t-il, envisager d’autres mesures plus respectueuses. Le « Patriot Act » des USA avait pourtant signalé les limites de telles pratiques. Mais c’est vrai que la critique est, en ce domaine, facile.

Egalité. Cet idéal a rarement été si malmené. La France se disqualifie par son nombre insoutenable de personnes sous le seuil de pauvreté, tandis que les très riches et notamment les patrons ne cessent de s’empiffrer.

Fraternité. Cette vertu est surtout pratiquée par des ONG, c'est-à-dire  par des Organisations Non Gouvernementales, ce qui semble déresponsabiliser le dit Gouvernement. D’autant plus que les syndicats aggravent la situation en pratiquant le corporatisme et en s’accrochant becs et ongles aux avantages acquis, sans tenir comptes des changements de la société.

Faute morale grave ? Personnellement, je ne le pense pas. Je crois plutôt, qu’il s’est agi d’incompétence, de la méconnaissance de la profondeur du mal français. La révolution française avait renversé l’ordre immuable des choses qui hiérarchisait sous protection divine personnes et fonctions, du Roi au dernier des manants. Et ce nouvel ordre se heurta aux détestables habitudes qui veulent que les plus forts et plus malins continuent de régir. Et Le petit Bonaparte s’empressa de tout centraliser à nouveau en réorganisant le pays, puis les successeurs apposant leur patte empilèrent ordres et contrordres à rendre inintelligible le droit français. Le code du travail semble en  être un bon exemple qui stérilise toute initiative avant même sa naissance. D’où la difficulté à vivre des entreprises et à s’imposer sur les marchés, tant intérieurs qu’externes. D’où le chômage. Les syndicats, représentatifs de si peu de monde, font tout pour se maintenir à l’heure des trente glorieuses. La France est embourbée dans un purin administratif qu’aucune réformette ne peut améliorer, ni les discours martiaux de notre premier ministre qui pense qu’il suffit de se montrer optimiste pour que les choses changent, comme l’ordonnait jadis la publicité : « Positivez ! » qu’elle disait. Peut-on changer le plomb en or ? Changer l’atome en mort paraît infiniment plus facile.

Mais je voudrais revenir sur un point de morale politique.

Monsieur Jean-Pierre Masseret a donné à tous une leçon de propreté politique. Dans une région malmenée par une pauvreté exacerbée par l’opulente  Alsace tentée par le FN, il n’a recueilli qu’un faible score au premier tour. Alors l’état major du PS, relayé par le premier ministre, a ordonné à son représentant de disparaître. Or, dans les combats anciens, le drapeau, symbole des valeurs d’un camp, ne devait pas tomber dans les mains de l’ennemi. Masseret se considérait comme le représentant de valeurs à proclamer, quel que soit le sort des militants. Il refusa de baisser pavillon. Même dans la défaite, ces valeurs survivraient. Il refusa de se plier à la logique des calculettes de Paris qui mélangeraient des voix socialistes avec celles de droite dont certaines valaient celles du FN.  En refusant l’inacceptable oukase, Masseret a témoigné à ses sympathisants sa confiance.  Il leur a laissé  la liberté de voter en leur âme et conscience. Résultat : le FN n’est pas passé.

A Paris, veut-on sauver des valeurs ou simplement des postes ?