La France n'a de démocratie que le nom

20/08/2015 12:15

La quatrième et dernière rencontre organisée dans le cadre du Festival d’Avignon par Médiapart et la Revue du Crieur, et animée par Joseph Gonfavreux, a mis en présence plutôt qu’a opposé Cécile Duflot et Dominique Rousseau, constitutionnaliste, pour traiter du thème : « Comment refonder la Démocratie ? »

Le débat a été passionnant pour le non-spécialiste mais citoyen que je suis.

Les deux orateurs m’ont paru en complet accord pour constater que la France d’aujourd’hui n’est plus un Pays démocratique.

Pour Duflot, la France est une nation dirigée par un Empereur à durée déterminée.

Pour Rousseau, la France est un Etat, c'est-à-dire une entité abstraite logée dans les cerveaux d’un petit groupe qui a obtenu d’une vaste foule la vague autorisation d’administrer la chose à leur guise. Selon le constitutionaliste, la France serait devenue une ploutocratie, c’est-à-dire un territoire dirigée par des riches, pas du tout par le peuple.

Si Cécile Duflot estime que le pouvoir « impérial » a été acquis grâce à un outil  imparfait, le referendum, mais que l’instrument ne permet pas assez la nuance, et qu’il faut donc l’améliorer, Dominique Rousseau est catégorique : le referendum est une escroquerie (le mot est de moi), disons un leurre, qui fait que la foule  ne peut que se décharger de leur semblant de pouvoir sur de beaux parleurs qui s’en emparent aussi tôt et se garderont de leur rendre. Pour lui le referendum recueille une somme d’opinions individuelles (une seule personne dans un isoloir), or gros tas de miettes ne fait  pas miche de pain. Un referendum dit la multitude d’opinions d’une foule qui, si elle le veut bien, apporte son vote. Il n’est pas le désir d’un peuple qui prend la parole et apporte sa voix. Une foule est anonyme, elle est une abstraction. Un peuple est un ensemble concret, réel,  de personnes vivantes qui se reconnaissent dans une totalité.

Or pour Dominique Rousseau, ce qui fait d’un « petit peuple » une nation, c’est l’adhésion de chaque personne à une profession de foi commune, à un texte juridique qui définit le fondement de son existence. Selon lui, le plus bel exemple de cette appartenance nous a été donné à vivre lors de cette manifestation spontanée et massive du « Je suis Charlie ». C’est tout un peuple qui, d’un bout à l’autre du pays, a tenu à dire son refus de la barbarie.

Mais la Constitution du 4 octobre 1958 qui régit la cinquième République actuelle a atteint ses limites. Elle a eu son utilité, a assuré à la France une certaine stabilité politique, mais elle est devenue obsolète. 24 révisions ont bien tenté de la faire évoluer, mais il s’agit de rafistolages qui finissent par lui faire perdre sa cohérence initiale.

Ainsi, Dominique Rousseau estime qu’il devient urgent de refonder le système politique, de l’asseoir sur des bases inspirées de la Chartre des Droits de l’Homme, ce qui devrait permettre à tous les citoyens de se faire vraiment entendre. Il n’est ni pour cette démocratie représentative actuelle qui confisque le pouvoir du peuple, ni pour une démocratie directe qui repose sur le mythe que le peuple est fondamentalement bon. Il serait favorable à la création de commissions crées en fonction de décisions à prendre et auxquelles participeraient des citoyens tirés au sort. Il se dit frappé par le sens des responsabilités dont font preuve les jurés, tirés au sort, des jurys d’Assises, et qui se montrent souvent plus compétents que les magistrats professionnels. C’est dans la discussion, dans la confrontation des idées que la France trouvera la solution à sa gouvernance.

La France est-elle capable aujourd’hui de se doter d’une Constitution « à froid », calmement,  alors que jusqu’à présent, les diverses Constitutions ont été crées à chaud, dans l’effervescence, suite à une crise  grave ?

Cécile Duflot rappelle que si la France a tant de mal à faire que ses citoyens puissent se faire entendre, peut-être faut-t-il en chercher la raison dans un système éducatif qui rend passif chacun des futurs citoyens…