La France se meurt de son obésité

15/12/2015 12:55

 

 

Les abondantes réactions qui suivent les élections régionales ressemblent aux habituels commentaires qui se déversent en pareilles circonstances.

Les politiques sortent tous vainqueurs de cette périlleuse épreuve et ne peuvent que se féliciter de voir leurs idées progresser. Ils ont bien sûr gagné mais sont trop modestes et bien élevés pour le crier sur les toits. Alors ils tempèrent leurs propos plutôt que de tempêter.

 Les journalistes ou sondeurs proclament leur fierté d’avoir su prédire les résultats et informer objectivement leurs fidèles lecteurs de la justesse de leur subjectivité.

Bref, rien que de très banal. Et comme chaque spécialiste, accoudé au bar du café du commerce, j’y vais moi-même de mon petit commentaire, le seul qui flirte avec la réalité, c’est évident !

Ce qui me paraît évident est le génie de Marine Le Pen qui, de l’héritage moisi de son père a su faire un événement national  inédit. Elle a su, à partir d’idées nauséabondes dont personne ou presque ne veut plus (nazisme, fascisme et compagnie) créer un outil indispensable à la vie politique française. Cet outil est ce grand réservoir issu des innombrables urnes du pays qui a permis d’uriner le trop plein d’acidité de toutes ces personnes affectées par le dysfonctionnement de l’Etat français.

Ça n’est pas par le biais du PS que les mécontents pouvaient dire leur rancœur, puisque c’est ce parti qui en paraît responsable. C’est encore moins en votant pour la Droite proposant un brouet indigeste fait du programme sensé d’une droite modéré mais assaisonné d’un ersatz sarkozien emprunté au FN. Restait cette grande fosse sceptique (orthographe respectée !) pour accueillir colère et dégoût.

 En résumé, si une personne peut se proclamer victorieuse, c’est bien Marine Le Pen. Je précise "une personne", car c’est à une personne que le FN doit son coup d’éclat, et non à un parti qui de fait n’existe pas, car il est sans programme, sans proposition d’avenir. Ça n’est qu’une outre vide de sens mais pleine de rejets.

C’est pourquoi je dirais que si un parti à gagné, c’est évidemment le PS. Tous, y compris lui-même, s’attendaient à une déroute totale, espérant dans le meilleur des cas, emporter une ou peut-être même deux régions. Elle en a cinq qu’il ne doit qu’à lui-même!

Et ça n’est pas le score des droites qui leur octroie sept régions qui en fait des vainqueurs puisqu’elles se décomposent de droites modérées, tout à fait fréquentables, mais qui se sont vues polluées par le PR qui n’a de républicain que le nom étant une officine du FN. Ces droites doivent leur score en partie aux gens de gauche, ce qui a permis d’écarter le FN

Pourquoi estimé-je victorieux le PS ? Parce que, malgré ses errances, personne d’autres que ses militants et sympathisants n’ont voté pour lui. Ces gens-là croient ce parti porteur de valeurs. Ses scores, il ne les doit, malgré tous ses faux pas, qu’à lui-même. Beaucoup de personnes y ont encore déposé leur espoir.

C’est aussi, je pense, que si des personnes croient encore au PS, c’est qu’elles l’estiment pas complètement responsables du misérable état de la France. Moi le premier. La France, telle qu’elle est devenue, est ingouvernable. Elle aurait peut-être des chances de l’être en cas de dictature. D’où l’immense danger de la tentation FN. Gouverner par la violence, sans demander son avis aux gens, faire régner la terreur, oui, ça pourrait marcher. Un temps. Le temps que les citoyens se ressaisissent. Mais quel gâchis !

Je crois la France ingouvernable démocratiquement parce qu’elle est devenue obèse.

La France est empâtée de la mauvaise graisse des règlements de toutes sortes qui font que  pour avoir l’autorisation de lever le doigt qui permettrait de demander timidement d’agir, il faut remplir trois formulaires en quatre exemplaires avant de prendre le lendemain la file d’attente pour les  déposer au guichet et s’entendre dire qu’il manque une pièce essentielle, le troisième prénom de l’arrière grand-mère du conjoint.

Résultat : chômage démentiel, et donc misère, dépréciation, dépression, démission, déshumanisation, et même plus la force pour beaucoup d’aller déposer plainte dans la citerne FN. Le peuple du quotidien n’est pas représenté auprès de ceux qui prennent les décisions, et qui le méconnaissent. Mais telle qu’est l’organisation de la France, pesante, compliquée, asphyxiante, la situation ne peut que s’aggraver.

Aucun parti démocrate, selon moi, ne peut actuellement présider le pays de manière satisfaisante ! Tâche insurmontable, à moins de casser la machine. Ou une « bonne » dictature, comme le pense certains. Bientôt une majorité ? A la Marine Le Pen, par exemple ?

Et pourtant, dès les résultats connus, toutes les têtes des partis de Droite ont défilé pour présenter leur programme présidentiel. Eux sont les seuls capables de remettre la France sur le chemin de la prospérité pour tous. Pauvres inconscients !