La langue maternelle

14/11/2017 01:37

 

La curieuse expérience de l'Empereur prussien Frédéric II de Hohenstaufen, relatée entre autre sur Wikipédia, nous apprend que ce fin lettré qui parlait sept langues voulut connaître la « langue naturelle de l’être humain ». En fait il pensait qu’un enfant plongé dans un total isolement relationnel et notamment linguistique s’exprimerait dans une de ces deux langues qu’il estimait être originelles, le grec ou le latin. Il imagina un dispositif censé révéler cette langue première.

Pour ce faire, il organisa une expérience : il confia six nouveau-nés à des nourrices  avec l’ordre impérieux de les élever sans la moindre communication et interaction humaine. Or aucune langue prétendument innée ne sortit de leur bouche. Les six nourrissons dépérirent progressivement et moururent.

Les échanges notamment paroliers mais pas que, sont indispensables pour qu’un  nouveau-né s’épanouisse normalement et accède au statut de personne. L’étymologie d’enfant vient du latin « in-fans », non-parlant, ce qui caractérise son grand état de dépendance.

En France, un enfant né dans une famille parlant le français apprend généralement à parler cette langue dite « maternelle ». Ainsi, l’expression « langue maternelle » signifie que l’infans devient parlant, sujet de son discours, « Je », en s’imprégnant de la langue de sa mère.

Or l’émission télévisuelle du 13/11/2017, « 28 minutes » sur Arte qui avait comme sujet : Faut-il féminiser la langue française ? dénonce la prédominance masculine de cette langue-là.

Pour traiter la question Elisabeth Quin avait invité Marc Lambron, écrivain et membre de l’Académie française et Éliane Viennot, professeure de littérature française et historienne. Deux protagonistes !

Si, malgré ses dénégations, Marc Lambron défendait âprement la tradition grammaticale de la langue française, Académie oblige, Eliane Viennot ferraillait farouchement, dénonçant non seulement les incohérences grammaticales de notre belle langue, mais surtout la manifestation grossière d’un machisme omnipotent. L’académicien m’a paru s’amuser d’un débat qu’il jugeait picocolien, alors que son adversaire menait un combat essentiel, qui n’avait pour elle rien d’anecdotique.

L’exemple criminel de Frédéric II vient dramatiquement prouver qu’une langue, c’est la vie, la vie d’un peuple (cf la Catalogne), la vie d’une personne

La question sous-jacente qui me pèse depuis belle lurette est la suivante : La mère ne se fait-elle pas la complice de son propre dénigrement par le mâle, en laissant si souvent transparaître une préférence pour son fils chéri, au détriment de ses filles ? N’est-ce pas là son péché originel : subir le regard méprisant des mâles depuis la nuit des temps et ne pas avoir su, ou pu, s’en défendre ?