La nausée

16/06/2016 13:45

 

 

Plusieurs fois, ces jours, j’ai reçu des messages de personnes dont j’appréciais les billets sur MDP et qui annonçaient leur désabonnement. Je le regrette beaucoup, parce que l’avis de ces personnes me paraissait sage, réfléchi et mesuré, enrichissant les échanges.

Mais je les comprends.

Alors que je me suis régalé de certains articles de journalistes de MDP et de tables rondes organisées par elles ou eux, depuis peu de temps j’ai du mal à vous lire. Je ne vois que partis pris virulents et incitation à la haine à tel point que si je raisonnais comme vous, je me demanderais pour qui elles, ils, travaillent. Pour l’EI, pour Daech, pour le FN ?

Au départ vous vous êtes situés en chevaliers blancs pourfendeurs de mensonges et de double jeu, et avez révélé des pratiques inadmissibles de personnages politiques corrompus. Et j’ai alors trouvé que vous faisiez un travail indispensable pour la bonne santé de la République et j’adhérais à votre démarche.

Mais il me semble que vous avez commencé à déraper lorsque, forts de vos succès et de votre réputation, vous avez endossé la cape et le masque de Zorro. Les sauveurs d’un côté et la pègre de l’autre, ça marche quand on a sept ans, ou quand on entretien son public adulte dans l’illusion de cet âge béni. Qu’avec la CGT vous comptiez 143 millions de manifestants dans les rues (voyez, je me prends à votre jeu et moi aussi  écris n’importe quoi), quand vous semblez jouir à encourager le mécontentement et à souffler sur les braises de la haine, je ne crois pas que vous fassiez œuvre de journalisme.

Devant de tels et actuels emballements populaires dont on sait la puissance et aussi jusqu’où ils peuvent conduire, la sagesse et le métier veulent que l’on tente de calmer les ardeurs et d’inviter à la réflexion.

J’ai des amis parmi la CGT, aussi je me garderais bien de généralisation injuste, mais je pense qu’en encourageant ainsi la haine, vous transformez les porteurs de fanions à dominante rouge en brandisseurs prochains  d’étendards bruns sales.

Hier soir j’ai regardé avec appréhension le match de foot France/Albanie. Avec appréhension parce que, chauvin donc souvent de mauvaise fois, j’ai aussi un faible pour les Albanais sachant combien ils ont souffert de la dictature et parmi lesquels je compte de vrais amis.

Or ce match a été selon moi une magnifique leçon du respect que se doivent des adversaires quels qu’ils soient. Chauvin, et objectif cette fois, je me suis réjouis de la belle victoire de la France, mais j’ai pu m’offrir cette joie parce que les adversaires, en plus de leur grand art et de leur compétence, ont été des modèles de respect du vis-à-vis.

Or non seulement ce respect n’a jamais été, selon moi, aussi absent de la politique française, mais il ne l’est plus chez un Médiapart qui incite à la haine. Il serait temps de réfléchir à la mission que se donne une, un,  journaliste.