La parole aux historiens

19/07/2016 11:58

 

 

Quant nous lisons les éructations outrancières de la droite, celles classiques d’un Sarkozy en mal de Pouvoir, ou même d’un Juppé que l’on aurait pu croire plus sage, et bien sûr d’un Estrosi que le fou au camion semble avoir visé personnellement et qui serait la seule vraie victime à Nice, on se dit que décidément les politiciens de droite ne savent tirer aucune leçon de l’Histoire. La politique aveuglerait-elle à ce point l’opposant si celui-ci est privé du joujou du Pouvoir ?

Il n’est bien sûr pas question de consulter les « manuels » d’Histoire, de ces livres qui racontent aux écoliers que l’on tente d’endoctriner, deux histoires opposées selon qu’on est d’une école confessionnelle ou de l’école publique, ainsi que j’ai pu le constater dans des livres d’une cinquantaine d’années à propos du récit des faits de la Commune : les communards, des sauvages avinés et criminels d’un côté, des femmes et des hommes ivres de justice et de liberté de l’autre.

Les travaux sérieux et comparés d’historiens professionnels qui se veulent objectifs nous apprennent, depuis qu’on peut accéder à la complexité des situations, que les humains se sont pratiquement toujours adonnés à la folie meurtrière, collective ou individuelle. Or il me semble avoir lu que le passé était bien pire qu’aujourd’hui, que la sécurité, collective ou individuelle, est bien mieux assurée aujourd’hui que dans un passé lointain ou même proche. Il me semble que l’élévation de l’espérance de vie (dans les pays occidentaux ?) n’est pas seulement due aux progrès des sciences médicales, mais aussi au taux plus bas de la criminalité. Je ne suis pas spécialiste aussi j’aimerais avoir l’avis de véritables historiens.

Donc, à preuve du contraire, j’affirme que le peuple français, que chaque concitoyen, n’a jamais été aussi en sécurité, tout gouvernement confondu, qu’aujourd’hui. Accuser les gouvernants de manque de fermeté envers les terroristes est simplement malhonnête.

Autrement dit, les invectives, les insultes, les reproches adressés au Gouvernement actuel est faux, mensonger, et relève de la démagogie.

Il ne s’agit pas pour moi de nier l’infect massacre de Nice, l’horreur de ces morts prématurées, des souffrances physiques et psychiques à vie des victimes, de l’immense peine des familles touchées. L’horreur absolue ! Mais de ma place d’ancien professionnel de la santé mentale, j’affirme que cette souffrance imposée est essentiellement humaine, ce qui ne signifie pas  que nous devons en prendre notre parti.

Jean Bergeret, pédiatre génial mort ces jours-ci à 93 ans, avait étudié le concept de « violence fondamentale », que Bergson appelait aussi « l’élan vital » Il célébrait la violence comme l’essence de la vie, propre à tout vivant, dont l’humain bien sûr, mais il signifiait que cette violence contrariée, notamment précocement, déclenchait l’agressivité, qui, elle, n’est pas animale, mais typiquement humaine.

Ainsi il est possible d’affirmer sans se tromper que le chauffeur du camion de Nice n’est que l’exemple type de la fragilité humaine, d’une personne souffrant d’une malformation psychique, probablement précoce, qu’on appelle communément folie. Qu’il ait utilisé Daech pour vivre sa folie, ou qu’il ait été  utilisé par Daech pour la réaliser, ne change rien. Cet homme était un fou. Son corps d’adulte était habité par l’agressivité toute-puissante et aveuglée d’un gamin de deux ans. Il n’y aurait pas Daech, il aurait utilisé si nécessaire d’autre prétexte, mais il n’en avait pas besoin, il lui fallait simplement écraser une Humanité détestée.

 Des dirigeants de Daech, je peux dire la même chose. Leur Allah n’a rien à voir dans leur folie destructrice. Ils se servent d’Allah comme d'un pion. Allah n’est rien d’autre pour eux qu’une simple marionnette, alors qu’ils se disent marionnettes d’Allah. Ils ne le sont que de leur propre folie, qui est haine des autres.

Il me semble que le rôle des média est de ne pas se laisser prendre par la fascination qu’exerce la folie, mais de dénoncer cette folie, haut et fort, de rappeler qu’il ne s’agit pas de problème religieux, mais simplement d’une poignée de malades mentaux très dangereux parce qu’ils en veulent à la terre entière. 

L’autre piège dans lequel pourrait tomber les média est que ça arrange bien ceux qui profitent du malheur des victimes pour tenter de se faire de la publicité à bon compte sur leur dos. Estrosi en est un bon exemple, mais pas que…