La psychiatrie, oubliée des Nobel

15/10/2015 11:44
Tel est le titre de l’article publié dans le supplément du Monde, SCIENCE  & MEDECINE du 14 octobre et signé de Sandrine Cabut.
La lecture de cet article m’a rappelé un texte que j’avais envoyé à une revue spécialisée.

Il s’agissait d’une pseudo lettre à lire au second degré et qui, de manière sarcastique, voulait dénoncer le peu de considération dans laquelle l’opinion publique me paraissait tenir la psychiatrie.

Peut-être que cette attitude concerne également les jurés du Nobel.

Lettre à Monsieur le Président,
 A Monsieur le Président de la Commission « Santé mentale et avenir de la psychiatrie » travaillant dans le cadre des
Missions d'information et d'évaluation de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale

 sujet : Propositions pour des économies drastiques en psychiatrie

 Monsieur le Président,   

Conscient de la complexité des questions que doivent aborder les membres de votre commission, je me permets, en tant que simple citoyen, de vous faire part de mon inquiétude devant le gouffre financier qu’entraîne la politique de la psychiatrie mise en œuvre par le Gouvernement actuel.

          Alors que l’immense majorité de nos compatriotes, sains d’esprit et efficients, eux, parviennent à peine à joindre les deux bouts, une partie non négligeable n’y parvenant même pas, il me semble inconvenant, pour ne pas dire immoral, de dépenser des sommes folles - c’est le cas de le dire- à choyer des êtres qui ne perçoivent même pas toute l’énergie qui leur est consacrée, et les dépenses abyssales que ces efforts de soin qu’ils mobilisent coûtent à la collectivité.

          De plus, appâtés par le confort dans lequel baignent ces protégés de la République que sont ces personnes dûment certifiées malades mentales, toute une flopée de traîne-savate, dont la pathologie devrait être étiquetée « paresse chronique », se laissent entretenir par les services psychiatriques et parasitent l’environnement. Or cette population, selon les statistiques, représentent la moitié des véritables patients.

          C’est pourquoi, Monsieur le Président, pour décanter le problème et commencer à faire de très substantielles économies, je propose que tous ces parasites ne bénéficient plus de la grande complaisance des professionnels mais soient dûment répertoriés. Regroupés de manière astucieuse en s’inspirant de la composition des communautés de pionniers, ces gens, bénéficiant d’un équipement de survie et d’informations de base, seraient lâchés dans une jungle quelconque comme il en existe encore, et devrait faire la preuve de leurs qualités en sommeil pour survivre, faire souche ou rejoindre en tant qu’actifs une société civilisée. Certaines émissions de téléréalité savent utiliser ce genre de cancrelats qui trouvent ainsi à gagner leur vie et à rapporter beaucoup  d’argent aux organisateurs. Nos cancrelats à nous, au moins, ne nous coûteraient plus rien.

          Reste l’immense population des vrais malades mentaux.

          Là encore, il me semble nécessaire de trancher drastiquement dans le budget et, pour ce faire, de trier.

          Existent toujours, je suppose, ceux que l’on appelait encore récemment « les grabataires ». Si mes informations sont exactes, il s’agit d’êtres (je n’ose pas dire de « personnes » dans la mesure où, s’ils peuvent articuler un son, ils sont, je crois, incapables de dire « je »), ces êtres, donc vivent, grâce aux soins permanents dont de très patients soignants les entourent. En fait, ils survivent. Je sais que souvent, ils sont comparés à des légumes. Car un radis, aussi, ça vit. Ça nait, ça pousse, ça grandit, ça profite de la caresse du soleil, de la douceur de la pluie. Ça ne paraît pas malheureux, ni spécialement heureux. C’est ! Puis, ça se croque, ça apporte une seconde de plaisir, et on n’en parle plus.

          Cette appellation de grabataires s’appliquait aux enfants qui étaient nés atrocement démunis. Or, aujourd’hui où l’espérance de vie a fabriqué beaucoup de vieillards, la plupart, pour ne pas dire tous, traînent une vie végétative dont ils n’ont plus conscience et donc ils ne souffrent même pas, mais que leur entourage endure, qui lui empoisonne la vie. D’autant plus que les proches se saignent à payer des pensions au tarif quatre étoiles, alors qu’eux-mêmes ne parviennent plus à vivre décemment.

          Cette situation est d’autant  plus intolérable que ces cadavres ambulants, ont eu dès leur naissance (c’était le baby-boom)  une vie dorée. Ils en ont profité, ils se sont éclatés tant et plus à tel point qu’aujourd’hui on peut les dire directement responsables de leur délabrement. Que leurs enfants paient leur irresponsabilité me parait profondément injuste, intolérable. Car le plus insupportable est subi par les petits enfants qui se retrouvent sans travail, sans l’espoir d’un avenir décent. Je le vois bien à travers le comportement de mes beaux-parents dont la seule étincelle de lucidité jaillit de leur œil moqueur pour nous regarder avec mépris nous débattre dans une misère qu’ils n’ont pas connue, exigeant de leurs petits enfants respect et ronds de jambes. Ignobles !

          Alors ma question est celle-ci : de même que commence à se poser la question de la fin de vie, et de la légalisation éventuelle  de l’euthanasie, ne peut-on la poser pour ces être-là aussi, les vieux bien sûr, qui encombrent maisons de retraite et hôpitaux, mais également ces petites  créatures qui n’ont aucun avenir ?

          Ne doit-on pas, dans ces cas, envisager sereinement une euthanasie systématique ?

          Il suffirait de consacrer une partie des importantes économies ainsi faites à entourer la famille, la déculpabiliser éventuellement,  l’aider à recouvrer la paix, à retrouver une vie enfin normale.

          Reste alors la partie importante des personnes en grandes et très diverses souffrances psychiques.

          Les névroses, par exemple, qui sont ce que le non spécialiste que je suis appellerait volontiers « les maladies du fait humain », « les maladies des bien-portants ». Quoique communes et quasiment banales, elles sont à prendre très au sérieux. Elles peuvent n effet conduire à des catastrophes, aller jusqu’au suicide, et peut-être au meurtre.

          Des techniques sont apparues qui permettent d’en guérir rapidement. Ces méthodes sont aussi efficaces que celles des kinés pour un lumbago, ou des orthophonistes pour traiter un bégaiement. Dix séances de déconditionnement d’une demi-heure et vous voilà guéri ! Tout le monde y trouve son compte, surtout la société.  La personne retrouve sa joie de vivre, redevient efficiente et améliore sa rentabilité.

          Récemment, ce genre de souffrances était prétendument soigné par la psychanalyse. Ça n’avait pas de fin, ça coûtait une fortune à la Société, le seul profit se retrouvait dans la poche  du psychanalyse, ou chez l’analysant, souvent une femme d’ailleurs, qui se pavanait dans les salons à se gargariser de leur folle aventure. Nous sommes des libéraux, nous n’allons pas interdire de telles malhonnêtes pratiques entretenant le nombrilisme. Si ça leur fait plaisir !!! En tous cas, ils ne doivent pas compter pas sur l’Etat pour financer ce type de masturbation.

          Si l’on étudie le niveau de recrutement du personnel d’une institution soignant la maladie mentale, à part la minorité du personnel véritablement utile et efficace dont le niveau se situe au maximum à bac plus un, mais la plupart du temps très en dessous (personnel d’entretien, de cuisine, aide-ménagère, aide soignant, c’est-à-dire tous ceux qui assurent l’essentiel du fonctionnement), le reste du personnel, à la présence épisodique, car très souvent en colloque ou congrès, de préférence sous les cocotiers, ou en formation permanente, comme par exemple un stage d’apprentissage de création d’un ikebana, tous ces gens-là sont recrutés à, minimum, bac plus cinq, voire pour les médecins bac plus quinze, et qui eux, assurant les activités de luxe, sont payés en conséquence et absorbent les neuf dixièmes du budget. C’est dire si un grand coup de balai allégerait considérablement la note.

          Je profite de ces remarques pour attirer votre attention sur la fragilité psychique de ce personnel hautement qualifié. Si ces personnes, tout à fait honorables au demeurant, ont tant investi dans de longues, coûteuses et exigeantes études, il semblerait que ce soit moins par souci de soigner leur prochain que de se soigner eux-mêmes. Ces personnes sont taraudées par de telles questions métaphysiques, souvent d’ailleurs du fait de leur ascendance, qu’elles espèrent oublier leur angoisse en l’extériorisant par polarisation sur celle des autres.

          Un exemple tout récent nous rappelle cet inquiétant constat :

« Un médecin psychiatre de l’armée américaine, le Major Nidal Malik Hasan, vient d’être reconnu coupable de quatre-vingt-dix chefs d’accusation. Son bilan : treize morts et 32 blessés dans le pire massacre commis sur une base américaine. Il avait ouvert le feu sur des soldats, hommes et femmes, s’acharnant sur ceux qui tentaient de se protéger ou de fuir, dont une femme enceinte. Sa défense : il serait un Moudjahidin se livrant au jihad au nom d’Allah. S’il est condamné à mort il se réjouira de devenir « un martyr », dit-il, suscitant l’admiration de nombre de musulmans extrémistes... »

          Nous pourrions penser que si cet homme a commis ces horribles crimes c’est parce qu’animé par un fanatisme religieux, et non parce que psychiatre. Et pourtant si quelqu’un aurait dû théoriquement ne pas commettre ces horreurs, c’est bien une personne spécialiste de psychiatrie. Mais voilà, une faille secrète habitait cet homme et s’est révélée exacerbée par sa religion. Or il semble en effet, que toute personne qui est fascinée par les troubles psychiques au point d’y consacrer sa vie, cultive et met sous cloche son mal intérieur. D’où la nécessité qu’a la société de ne pas perdre de vue cet aspect : « les psys sont des bombes dormantes ».

          Mais revenons aux patients dûment répertoriés.

          En ce qui concerne les psychoses, là encore il doit falloir nuancer.

          Il n’y a pas si longtemps, on connaissait l’importance d’un établissement psychiatrique au nombre des cochons qu’il élevait. La Société de l’époque évitait le gaspillage et les déchets alimentaires n’étaient pas jetés mais nourrissaient les porcs, qui fournissaient la viande, et ce cercle vertueux faisaient vivre à moindre frais toute une petite communauté. De plus, à cette époque, l’essentiel de la thérapie se faisait par le travail. Le travail apaise et apporte la joie, c’est bien connu. Le bénéfice d’une telle méthode était double car le travail des pensionnaires, essentiellement champêtre et maraîcher, fournissait l’essentiel de la nourriture à l’établissement, et, second bénéfice, fatiguait suffisamment les patients pour leur éviter cette masse de médicaments qui à présent se consomme et les assomme. D’où, là encore, des dépenses somptuaires évitées.

          Je me permets une anecdote pour illustrer mon  propos. Enfant j’habitais à bonne distance et à l’est d’un hôpital psychiatrique. Or, par vent d’ouest, nous entendions l’explosion des cris joyeux des pensionnaires qui travaillaient dans les champs, nous annonçant vingt-quatre heures à l’avance la pluie du lendemain et tenait lieu de bulletins météo. C’était le bon temps ! A présent, les Centres psychothérapeutiques sont mortellement silencieux.

          Je reconnais cependant que certaines pathologies rendent difficiles la rentabilisation des individus. Je pense aux autismes. Certains soignants tentent de prouver leur toute puissance de thérapeutes par des pratiques quasiment issues de la sorcellerie, en tous cas exprimant l’importance de la grande naïveté de ces-dits soignants. Ils prétendent guérir par la parole, la musique, le modelage, le cocooning, le jeu, le psychodrame ou autre galéjade. Ce type de divertissement n’amuse que les soignants, masque leur incompétence,  les dispense de travail sérieux, et ampute les budgets. Or, depuis un certain temps, sont réintroduits les fondamentaux de la thérapie, il s’agit de revenir à ceux de l’éducation qui, pour dire vite,  s’appelle le dressage. Ça marche bien avec les chevaux, pourquoi pas avec des humains. Ceux-ci ont besoin de la répétition qui, patiemment, grave le geste utile, renforcé par la récompense et – ce concept n’est pas obscénité – par la punition. Ainsi des éducateurs ont obtenu des résultats qui ont enchanté et soulagé les parents : ils guérissent couramment un autiste de son énurésie. Petite victoire, grands effets : Le slip pourvu d’électrodes envoie à l’enfant un signal qui lui permet de se retenir et d’aller uriner aux toilettes. S’il l’ignore, il saura ce qui lui en coûte, et ça marche. La méthode étendue aux autres secteurs d’activité devrait permettre à beaucoup de mener une vie sociale normale, et donc d’être utile à la société.

          En réhabilitant ces méthodes, la formation du personnel soignant devrait se cantonner autour de bac plus trois (éducateurs spécialisés)  d’où des rémunérations correspondantes et une immense économie. Les filières longues se désengorgeraient, les jeunes trouveraient vite du travail, les  diplômes supérieurs, dont les doctorats seraient plus rares, mérités. Le peu de postes à pourvoir réorienterait les doctorants vers des disciplines autres, vraiment utiles à la Société. 

          En nettoyant ainsi les écuries d’Augias, en débarrassant le secteur de la psychiatrie de tous ses charlatans, en réduisant très sérieusement le nombre des patients dont la plupart réintégrerait le monde du travail, les trois quarts du budget seraient économisés. Des milliards d’économie réalisés !

          Ainsi,  Monsieur le Président, si mes remarques avaient l’heur de trouve un écho favorable au sein de la commission que vous présidez, je vous en serais immensément reconnaissant.

          Nous, citoyens ordinaires, qui sommes confrontés à des situations dramatiques inextricables, ne serions plus dans l’obligation d’assumer les tâches exécrables qui incombent normalement aux spécialistes. Ainsi des beaux-parents comme les miens dont l’existence ne se justifiait plus, ne disparaitraient pas sans laisser aucune trace, mobilisant la gendarmerie, une armée de volontaires, entrainant des dépenses colossales. On les saurait être partis en paix, officiellement, et nous aurions tous la conscience tranquille.

          Dans l’espoir de trouver un écho favorable à cette lettre, je vous prie, Monsieur le Président, d’agréer l’expression de mes salutations les plus respec     tueuses.

                                                                                                      Signé : illisible !