La renaissance d'une entreprise

13/09/2014 16:48

Renaissance d’une entreprise

                          Il n’est pas de journée, en France, qui ne nous annonce son lot de fermetures d’usines, synonyme de mises au chômage de centaines de personnes, de familles qui basculent du jour au lendemain dans la précarité, de situations dramatiques pour des régions entières. Aussi, il me paraît important de signaler l’espoir qui renaît dans la vallée de la Maurienne,  de ce qui ressemble à la résurrection d’une entreprise hier encore vouée à la disparition, alors que pendant plus d’un siècle l’usine Péchiney a été un des fleurons de l’industrie française.

A l’occasion du redémarrage d’une ligne de production, à l’arrêt depuis cinq ans, une fête a rassemblé le personnel et les familles, les syndicalistes, les autorités locales, et la venue du patron allemand, de l’usine d’aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne.

Emmanuel Macron, récent ministre du Budget et de l’Industrie, qui était de la fête,  a salué, au cours d’un discours et à plusieurs reprises, le travail de son prédécesseur, Arnaud Montebourg, sans lequel « Péchiney » n’existerait plus aujourd’hui. Cet ancien ministre a su fédérer les diverses forces en présence qui, habituellement s’affrontent, dont les politiques, toutes tendances confondues. Il a su convaincre Trimet, une grosse entreprise familiale allemande, et aussi EDF, du fait que cette usine était en fait viable alors que tous, à part le personnel, la condamnaient à mort.

Monsieur Heintz-Peter Schlutter, le nouveau patron de l’entreprise, a non seulement dit sa joie de voir revivre un outil performant, mais, venu avec son propre orchestre, il l’a chantée, accompagné par les battements de mains du public. C’était une vraie fête, avec bière à volonté et barbe à papa. Un public hétéroclite mais détendu et souriant.

Hallucinant !

J’imagine un sidérurgiste lorrain, débarquant tout à coup sur les lieux, refusant de se croire en France.

Car pour moi, là est effectivement le problème.

L’histoire de notre pays a forgé des attitudes, des comportements, des traditions, tout un ensemble de valeurs que bien des peuples nous envient. Mais certaines des dites valeurs, sont, selon moi, détestables et autodestructrices. Par exemple l’inégalité croissante entre citoyens théoriquement égaux, les mépris réciproques entre classes, statuts et professions, le conservatisme mortifère, y compris chez les syndicalistes dont le rôle serait d’anticiper et de faire des propositions constructives. Mais c’est vrai que le nouveau MEDEF, entraîné par un président proche de l’extrême droite, fait tout pour se servir et se mettre au service d’une finance inhumaine.

Lors de ma vie professionnelle, j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de constater l’impossibilité de tout dialogue entre acteurs sociaux défendant des intérêts qu’ils estimaient opposés, entérinant la mort de l’entreprise. Pour les uns, c’était une catastrophe, pour les autres, l’occasion, parce qu’ailleurs, de faire davantage fructifier l’argent des actionnaires et leur propre salaire.

Alors que des personnes têtues, obstinées, accrocheuses auraient trouvé une solution, ainsi que l’a fait Montebourg.

Et si ce type de fête chez Trimet pouvait n’être pas, en France, qu’une bienheureuse exception !