La retraite de Jean-Luc Mélenchon

04/04/2017 01:57

 

Une fois la performance ô combien réussie de Jean-Luc Mélenchon, d’attirer et d’amuser les foules, ce qui n’est pas évident en matière politique, que deviendra-t-il ? Pour ma part voilà longtemps que je pense qu’il est de tous les candidats à la présidence le seul à ne pas briguer cette fonction, car il s’y ennuierait vite, mais surtout il se trouverait confronter de toutes parts à des vrais problèmes à résoudre que la magie du verbe et l’indigence de son programme ne peuvent dissiper à elles-seules. Je crois l’avoir entendu nous donner sa réponse : «  Je lance l’Assemblée Constituante, et puis je rentre chez moi. ».

Autrement dit : « Débrouillez-vous ! »

En fait j’ai le sentiment qu’il s’est inscrit à la campagne de la présidentielle uniquement dans le but de prouver que de tous les bateleurs politiques il était le meilleur. C’est dans cet esprit qu’il s’est inscrit au prestigieux concours quinquennal de tragi-comédie  national, dans le rôle de Don Quichotte de la Manche.

Le pari était osé. Car il se frottait à rude concurrence. Croiser le fer avec une Marine Le Pen qui s’entraîne à l’épreuve depuis quelques décennies n’était pas ans danger. Elle n’est pas mal, elle aussi, dans le rôle de Madame Sans-Gêne. Rompue à l’exercice, elle connait les ficelles du métier et n’hésite pas à improviser lorsqu’elle quitte son texte : elle sort une absurdité tellement énorme que son vis-à-vis en reste coi et que le public avale sans sourciller son écart.

Mais Mélenchon devait affronter un concurrent redoutable et qui était donné favori tant sa calme assurance et son talent de manœuvrier  affolaient les plus braves. Mais, peut-être par provocation tant il se sentait invulnérable, le sieur Fillon avait choisi un rôle délicat, Harpagon, dans une pièce de Monsieur Molière. Et, alors que désemparé il hurlait à l’injustice, un journaleux brandit un papier en criant : demandez le programme : Pénélopegate ! Et Fillon s’effondra ! Hors concours.

C’est ainsi que Mélenchon triompha et remporta brillamment le grand prix de la Comédie Française. Beaucoup de ses supporters furent déçus de ne pas le voir élu président mais il dut leur expliquer que tel n’était pas son but, qu’il avait même craint d’en avoir trop fait et abusé du public à tel point qu’il aurait dû refuser cet honneur et avouer qu’il est infiniment plus facile de dénoncer que d’agir. Mais le public lui pardonna vite tant il avait pris et donné de plaisir. La politique n’est jamais si intéressante que lorsqu’elle n’est pas sérieuse.

Le problème sera donc de gérer la question : « que restera-t-il de cette brillante foire ? ». Les enthousiasmes repartiront-ils de plus belle ou tomberont-ils comme un soufflé qui a trop attendu ? Car si la forme du discours de Mélenchon fut brillante n’aura-t-elle pas masqué l’indigence du fond ?

Car au fond, pour enfin aborder calmement la question, le programme du héros comporte un certain nombre de failles, des approximations de chiffrage bâclé. De belles promesses qui peuvent sur le moment séduire la troupe, mais de quoi se nourriront ceux qui voudront prendre la relève ? De cette foule aujourd’hui enthousiaste sortira-t-il des organisateurs capables de saisir le relai, mais en s’appuyant sur quoi, sur le programme ? Qui saura imposer une révision des accords européens ? Qui mettra en application le volet social du grand chef pour qui tout semblait facile ? Ces personnes risquent de s’apercevoir  que la politique préconisée par Mélenchon aujourd’hui est celle de la gauche d’antan, qui entretient le mythe du combat, que tout cadeau est suspect, il faut arracher ce que l’on veut.

Mélenchon n’a pas enregistré que si la CGT vient d’abandonner son leadership à son adversaire, la CFDT, c’est pour n’avoir pas compris que l’intelligence a pris le pas sur les biscotos. L’affrontement systématique de préférence au dialogue, ça c’est ringard.

C’est une des raisons qui opposent violemment Mélenchon à Hamon. Celui-ci veut réduire les injustices non dans 115 ans mais de suite, en donnant de l’argent aux 18/25 ans, le fameux revenu universel  qui devrait permettre à beaucoup de respirer un peu mieux. Ça c’est capital. Il ne s’agit pas d’aumône, synonyme de mépris, mais d’un peu moins d’injustice face aux possédants, y compris ceux qui ont la chance d’avoir un travail, donc une paie.

Que Mélenchon accorde à la notion de « travail » une valeur importante, c’est la moindre des choses, mais qu’il estime déshonorant pour quelqu’un de recevoir un revenu, non une rémunération pour travail effectué, cela signifierait-il pour lui qu’un chômeur est un fainéant. Se battre pour le  salaire équitable d’un travailleur  ne dispense pas d’accorder un revenu à quelqu’un dont ça changera la vie. Ça n’est pas cadeau, mais justice. Or une telle mesure peut modifier totalement la vie d’une cité. Mélenchon en est resté au XIXème siècle.

C’est à ce type de mesure de son programme que l’on peut affirmer que le vrai révolutionnaire, c’est Hamon.

Mélenchon se félicitait de ne plus faire peur à la population, estimant qu’au contraire il devient rassurant, quoi de plus normal lorsqu’on s’efforce de reproduire le passé. S’il trouve audience en dénonçant les injustices du système, c’est parce qu’il rumine un produit du passé, ce qu’on a bien connu, non en imaginant un avenir plus juste. Là est l’innovation, là est la création, la vie.