LAVICTOIRE DES ETERNELS PERDANTS

07/12/2015 13:51

Les Régionales ? Hier soir, toutes ces belles personnes endimanchées pérorant à l’écran ont roucoulé, si elles gagnaient, ont déploré, si elles perdaient, ont commenté si elles n’avaient rien à dire. Rien que de très normal et logique. Les prévisions annoncées depuis belle lurette étaient enfin confirmées. On n’hypothèsait plus,  on ne spéculait plus, on était devant la réalité des chiffres et les personnes qui semblaient s’en étonner n’avaient rien compris à la situation. Oui, la routine explosait. La consultation nationale échappait pour une fois aux habitudes bourgeoises. Un fait nouveau s’imposait : les petits, les sans-grade enfin exprimaient leur rancœur, un ras le bol hurlé à la face du monde, tonitruant.

France-Info confirme : Le FN est plébiscité dans 53.5 % des communes françaises.

                                         L’abstention : 50.2 % la moyenne en France

Ce chiffre de l’abstention vient bien sûr tempérer sérieusement celui des 53.5% du FN puisque le plébiscite suggéré se ramène à un gros quart des français et non à plus au-delà de la moitié. Mais il n’empêche que cette proportion est hautement significative et le FN a raison de proclamer qu’il est devenu le premier parti de France. Il est impossible de ne pas l’admettre. Incontestablement le FN a gagné.

Mais les raisons de cette victoire méritent d’être étudiées.

Pourquoi le FN a-t-il gagné ? Il a gagné parce qu’il est roublard.

Il ne fallait pas être bien malin pour se rendre compte du mécontentement généralisé des français. Les deux partis classiques dominants se sont successivement disqualifiés.

La Droite capitaliste, de ceux qui montent le cheval de la Finance à la réussite mondiale galopante et dont Sarkozy est le plus brillant cavalier français, a démontré son efficacité en favorisant éhontément les riches et en laissant les pauvres dans le caniveau.

Ensuite le PS a eu l’inconscience de penser qu’il pourrait améliorer la situation. Sa direction, pourtant intelligente, est essentiellement composée de professionnels de la politique que la pratique du Pouvoir a rendus grands bourgeois, c'est-à-dire arrogants, et coupés du peuple dont il prétend défendre les intérêts. Malheureusement pour lui, il ne connaît pas viscéralement la misère. Les pauvres ont vite su qu’ils n’étaient pas compris et entendus par eux.

Leur restait quoi, au peuple de tous les jours, de ceux qui triment pour trois sous, quand ils ont la chance de trimer, ce qui n’est même pas le cas de leurs enfants ? Il leur restait un ramassis de grandes  gueules qui rongeaient leur rancœur d’être moqué depuis des décennies, qui s’épuisaient à se proclamer les seuls bons français, piliers inébranlables de la civilisation chrétienne, cramponnés à leur seule grande victoire, 732, Poitiers, alors que leur palmarès lors des élections les classait imparablement bons derniers.

Or aujourd’hui, ils la tiennent leur victoire.

Malheureux, décriés, méprisés, ils étaient les seuls à pouvoir comprendre des personnes souffrant de rejet permanent, et ce fut la chance qu’ils eurent l’intelligence de saisir. Ils ciblèrent cet électorat de laissés pour compte et la plupart du temps abstentionniste en lui prouvant qu’ils partageaient sa souffrance, et ça c’était sincère. Ils n’eurent pas à mentir : ils étaient effectivement du côté des méprisés.

Les pauvres, les petits, les chômeurs se reconnurent en ces paumés de la politique.

Pour ma part, je me réjouis de ce qui vient de se passer au premier tour.

Non pas de la victoire conjoncturelle d’un FN sans programme véritable, à contre-courant de l’Histoire, qui se nourrit d’un passé infantile. A l’épreuve de la réalité, il s’effondrera, et décevra ceux qui l’ont cru.

Mais je me réjouis de la victoire éclatante des électeurs qui ont voté, non FN, mais « Assez ! ». Assez d’être exclus de la richesse nationale, assez de travailler pour les riches sans en tirer soi-même profit, assez de ne jamais participer aux prises de décision qui structurent la vie quotidienne. Assez !

Serez-vous cette fois écoutés ? Je ne le pense pas. Pas encore. Les bourgeois ont encore trop peur de vous. Il vous va falloir   continuer à vous battre pour que la Constitution soit modifiée en tenant compte de votre existence, vous qui êtes les modestes mais essentiels acteurs de la vie du Pays, qui en êtes le corps. Ne baissez pas les bras. Continuez votre combat. Le FN vous a permis de vous faire entendre. C’est sans doute à mon avis ce qu’il fait de mieux. Alors dès à présent parlez, et de votre propre voix.