Le bureau de Jean Zay

03/09/2016 16:11

 

 Le bureau de Jean ZAY

Il m’arrive souvent de n’être pas en accord avec le Monde, exemple, sa propension à tirer sur les ambulances (je pourrais m’expliquer). Mais pour cet été, je trouve que le Monde a fait fort.

Alors que le soleil nous gratifiait chaleureusement de ses rayons et incitait au farniente, le quotidien encourageait ce désir de vacuité par l’exemple. Il nous tartinait jusqu’à satiété le vide abyssal qu’est l’existence de Jean d’Ormesson, estimant que des personnes qui durant onze mois n’ont cessé de travailler trouveraient dans ce modèle de fatuité l’exemple même du parasite dont ils sont l'opposé.

Mais le journal prend aussi le risque de décourager ces travailleurs qui comprennent qu’à travers la description d’un seul homme, c’est la peinture de toute une classe qui se trouve ainsi représentée : celle de ces mondains qui ont appris avec sérieux l’art de ne rien faire, de vivre aux crochets des ancêtres, et du travail de leurs serfs. Cette droite qui ignore tout de la vie des gens et se prélasse dans l’opulence avec les honneurs.

De quoi vous faire savourer davantage ce repos bien gagner, lui, ou vous dégoûter de reprendre le travail ?

Puis, dans la galerie des portraits, succède à présent une femme. Celle-là, on a l’impression de bien la connaître et grâce à la série des articles qui lui sont consacrés, le lecteur (en tous  cas moi) prendre plaisir à la découvrir plus intimement. Angéla Merkel.

En lisant son parcours, j’ai l’impression de mieux comprendre la grande médiocrité de la classe politique française.

Dans leur grande majorité, nos politiciens ne sont animés que par une seule ambition, celle d’être « quelqu’un », que tous les citoyens (ou une bonne moitié, celle qui vote) connaît et reconnait dans la rue. Qui passe à la télé, qui est suivi d’une meute de micros, dont on commente le moindre pet, qui est leur véritable expression, leur langue étant de bois, non pas pour tromper, mais parce que depuis la maternelle, cette langue n’a fait que se conformer à ce qui est censé être la bonne réponse, celle du Maître. HEC ensuite l’a polie. Tous pareils, de Droite évidemment, mais aussi de Gauche. Ces gens-là sont des enfants gâtés. Ils n’ont jamais mangé de vache enragée. Ils ne connaissent pas le poids d’une dictature. La démocratie pour eux est une plaisante blague, un joli petit jouet que maman et papa leur ont offert à leur anniversaire, un jeu de société, où l’essentiel est de gagner mais si on perd, on fera mieux la prochaine fois. Les citoyens ? Ah c’est vrai, il y a le public ! C’est si agréable les applaudissements et amuser la galerie est le charme du métier. De toutes manières, ceux qui sifflent sont des cons.

En fait, c’est un métier à risque. Celui qui s’en rapproche le plus, du moins en France, est le métier de comédien. Il faut en permanence séduire le public, si vous y parvenez, si vous le mettez dans votre poche, c’est gagné. C’est là, en France, tout l’art du politique.

Et c’est désolant. On en vient à regretter de ne pas être allemand.

Mais c’est alors que très subtilement le Monde nous chuchote, mine de rien, que nous aussi avons peut-être notre « Merkel ». Une page entière vient d’être consacrée à quelqu’un qui en a le profil, dont les qualités sont intelligence, principes moraux dus  à une enfance cadrée et modeste,  discrétion, patience, Najat Vallaud-Belkacem. Bien sûr, il y a Christiane Taubira qui n’est pas mal non plus, convaincue, battante, subtile, cultivée…mais peut–être plus  impulsive que Merkel dont la grande retenue est une des qualités…

Alors, oui, Une Najat Vallaud-Belcacem ? pourquoi pas ! Un peu tôt peut-être, mais « das Mädchen » a su, malgré sa jeunesse, ou grâce à, sortir son Pays d’une situation qui n’était pas meilleure que celle de notre Pays, alors ? Une présidente musulmane, ne serait-ce pas une bonne idée pour une France qui se dit laïque, qui donne théoriquement à toute personne, quelle que soit sa religion, le droit d’exister. L’essentiel ce sont les compétences. Madame Vallaud-Belkacem n’en manque pas. Plus, selon moi, que la ribambelle des postulants de tout bord.

Mais cette page est-elle un appel discret destinée à préparer le Pays à une telle éventualité, ou une « fuite » astucieuse et perverse pour en éviter la réalisation ?