Le courage des parrêsiastes

02/09/2015 12:56

Lors de sa « encontre avec Yanis Varoufakis », Christian Salmon, journaliste à Médiapart, a vu en l’homme un parrêsiaste.

 Or ce substantif étrange, qui, nous dit le dictionnaire, est « composé du grec ancien παρρησίαparrêsia (« franchise, liberté de parole ») et du suffixe -iste. » paraît taillé sur mesure pour qualifier la personne.

Dans le numéro 130 des Cahiers philosophiques (2012/3), Nathalie Chouchan, se référant à Foucault, écrit : « L’exigence éthique du parrêsiaste, celui qui dit vrai au mépris des convenances, participe d’un souci de soi dont les effets sont directement politiques dans la mesure où ses paroles manifestent une vérité autre, une vérité qui n’est pas celle du pouvoir et qui le met en crise...

 Celui qui dit vrai fait preuve d’une vive attention au présent associée au courage de ne pas plier face à des instances gouvernementales, quelles qu’en soient les formes...

Loin d’être une obligation de dire vrai sur soi-même, la parrêsia s’apparente à une « indocilité réfléchie », à un art de « l’inservitude volontaire....

Dans "Le Courage de la vérité", la figure d’un Socrate non sage mais parrésiaste, donne corps à l’idée que nous devons transformer notre existence pour accéder au vrai, transformation qui nous engage à constamment vivre et penser autrement. Le souci de soi, pratique d’une « vie vraie », ne nous entraîne pas hors de ce monde mais vers l’horizon d’une vie qui soit autre que celle qu’on mène, d’une vie définie par sa dimension d’incertitude. »

Yanis Varoufakis est le citoyen grec qui a l’immense courage et la lucidité de rappeler à l’Europe, dont la France, et à la terre entière la sagesse de Socrate, un des fondateurs de notre civilisation. Il dénonce l’esclavage dans lequel la Finance, avec l’aide de l’Europe, et surtout de l’Allemagne, tente de soumettre la Grèce. Plutôt que de l'écouter, politiques et media tente de discréditer l'homme.

Des économistes, en France, font preuve depuis des années, du même courage, malgré le dénigrement systématique des media, les mépris des politiques, la surdité des citoyens.

Lorsque des personnes comme Chouard, comme Rousseau, dénoncent une France oligarchique au service de la Finance et qui n’a rien à voir avec une démocratie, ils déclenchent la violence verbale et le mépris de ceux que de telles verités dérangent, voir la fureur d’Attali face à Étienne Chouard lors d'un entrtien télévisé sur FR2.

Quand donc les citoyens français, eux-aussi parrêsiastes, parviendront-ils collectivement à sortir de l’attitude infantile dans laquelle le pouvoir les maintient ?