Le crayon et la plume

10/12/2017 14:08

 

Le Président de la République a déposé solennellement sur le cercueil de Jean d’Ormesson, un simple crayon.

Ce geste ne doit rien au hasard. La presse, toute tendance confondue – me semble-t-il – a surtout célébré « la plume » du défunt.

Alors pourquoi ce crayon ?

Les biographes d’un jour célébraient surtout l’esprit facétieux de l’écrivain. Macron se permit de pasticher l’académicien. Un crayon, non une plume. « être déclaré une plume » est pour un écrivain le compliment suprême, une manière de reconnaître la qualité de son écriture. Se voir honoré d’un « crayon » désigne tout autre chose.

Selon moi, mais je peux me tromper, le Président s’est attaché à souligner l’aspect cabotin du personnage qui n’a cessé de tenter de capter l’attention des micros et caméras pour donner son avis sur tout et sur rien, mais surtout de se caricaturer pour sortir de l’anonymat d’une lignée d’ancêtres remarquables. Il parvint à se frayer une place parmi les académiciens, ce qui est en soi un exploit. Ainsi Jean d’Ormesson est mort, mais en ratant un peu sa sortie, éclipsé qu’il fut par un certain Johnny Smett.

Or là, la consécration populaire précéda les gestes officiels auxquels le Président fut contraint. Ce dernier, qui ne pouvait revendiquer une origine modeste, dut suivre le mouvement et même tenter de se l’approprier. Sa cote de popularité gagnera sans doute un ou deux points et ce sera normal puisque Johnny incarne le vœu présidentiel : ni gauche, ni droite ! De fait plutôt droite. La vénération de Johnny pour Sarkozy, son amitié indéfectible pour le couple Balkany, ses accointances avec le milieu de la haute finance, show-biz exige, tout fait basculer le peuple dans l’univers macronien. A Macron l’intendance, à Hallyday le rêve.

La conjoncture qui, dans le milieu du spectacle est assez féroce, a permis au petit Smeet d’exprimer des sentiments dans lesquels le public s’est reconnu. Smeet est mort depuis longtemps derrière un pseudonyme. Celui d’un porte-parole génial, celui d’un peuple assoiffé de reconnaissance. « Halliday » fait soudain irruption parmi les Immortels. Le peuple est « Immortel ».