Le désastre hospitalier

19/05/2016 13:46

 

 

Je ne connais pas de domaines dans la France d’aujourd’hui où ce ne soit pas la chienlit. La haute finance, sans doute, le profit des grands patrons, certainement.

Qu’a donc fait, ou pas fait, le fringuant François Hollande qui proclamait gaiement :   « Moi, Président…Moi, Président… » A-t-il à ce point surestimé ses capacités et sous-estimé les difficultés de la conjoncture. Forfanterie initiale ou erreur de parcours ? Le champ des possibles paraissait largement ouvert, entrainant une grosse moitié du Pays derrière lui. Or, c’est un champ de batailles qu’il est parvenu à semer. Mortes les espérances. Quel gâchis !

« le Monde » d’hier, 18 mai, annonce dans un article signé par trois journalistes :

A l’hôpital, le discours FN gagne du terrain

Que s’est-il donc passé depuis les deux décennies durant lesquelles j’ai, pour cause de retraite, quitté ce terrain ?

Je ne pense pas idéaliser le passé, mais mes trente années d’incursions, fréquentes et régulières, dans le monde hospitalier (formations infirmières, suivi d’équipes, thérapies de groupe) me donnent le sentiment d’avoir vécu un âge d’or. Ces professionnels, dans la foulée de Mai 68, ont, à tous niveaux, repensé leur métier, l’articulant avec les autres, pour le grand bien des patients. Ils se sont mis avec rigueur et générosité au service de la personne, non seulement malade, mais aussi celles du Service. Et, très curieusement, ils en furent les premiers bénéficiaires, réactivant leur motivation première : le souci de l’autre, son bien-être, et partant, l’amour du métier, le plaisir dans le travail en équipe. Il faisait bon travailler à l’hôpital, de se sentir utile.

Je n’ai cessé d’être admiratif face à des professionnel(el)s, du médecin-chef au personnel de service, qui, chacun à son niveau et selon sa compétence, accomplissaient des tâches souvent pénibles, parce que répétitives, mais essentielles car à tout moment lourdes de conséquence. Ce qui pouvait paraître rébarbatif parce que peu qualifié, passer une serpillère par exemple, situé dans le contexte, devenait essentiel. Il s’agissait de limiter au maximum les maladies nosocomiales et ses graves conséquences.

Comment l’hôpital en est-il arriver à privilégier la rentabilité de la gestion financière au bien être des personnes ? Comment est-il possible pour une aide soignante de passer de douze toilettes par jours à quatorze ! d’exiger de tout le personnel, internes y compris, des cadences infernales à la Charlot !

Si j’ai bien compris, le mécontentement se généralise face à un travail, noble, transformé en corvée. N’étant pas entendu, beaucoup de personnes se tournent vers le FN, qui, très subtilement, exploite la situation, fait penser que ce mouvement d’Extrême Droite va améliorer le sort de chacun, alors que ce qui compte pour lui est la prise de pouvoir et fasciser le Pays.

Or l’hôpital est effectivement le lieu béni où peut s’appliquer le programme du FN, s’épanouir le rejet de l’Autre.

Il faut beaucoup de vertu pour y accomplir bon nombre de tâches ingrates. Les patients sont souvent en situation de grande vulnérabilité et donc sur la défensive, et donc dans l’attaque. Que de patience pour rassurer, écouter, poser un diagnostic, soigner avec douceur, oublier ses propres soucis et sourire vraiment. Comment approcher sans dégoût et brusquerie un patient souillé, s’arrêter à son lit, écouter son angoisse. Le FN vous dira de privilégier la famille et de délaisser l’Autre, le lointain, l’étranger, le profiteur, le fainéant, le sans-sous, le sans-dent. Ainsi il améliorera les conditions de travail puisque la plupart des patients, ceux qui n’ont pas de quoi payer, ou n’ont pas l’heur de plaire, iront se faire voir ailleurs.

 Le personnel soignant pourra enfin respirer, sauf qu’il aura perdu ce qui est essentiel dans ce type de métier, le respect de l’autre et l’estime de soi.