LE DESTIN DE l'EUROPE

07/07/2015 12:58

 

Il est sans doute banal, sans vouloir utiliser de mots grandiloquents, que le destin, non de la Grèce mais de l’Europe, à partir de la courageuse décision du peuple grec de ne pas céder au diktat des nations riches, est en train de se jouer ces jours-ci.

Peut-être même que le Président de la République française a un rôle prépondérant à tenir dans cet enjeu capital.

Rôle prépondérant, parce que jusqu’à présent, Hollande est resté relativement proche de Merkel, mais plus dans le rôle d’un valet respectueux de ne pas fâcher sa maîtresse (c’est du moins l’impression qu’il donne à la majorité des français) que d’un allié fidèle mais indépendant, faisant connaître fermement son point de vue.

Cette image de quelqu’un qui veut constamment ménager la chèvre et le chou, fait de cet homme quelqu’un de mou, d’indécis, pour la majorité des français.

Si Hollande veut faire preuve de compétence et d’autorité, c’est l’occasion ou jamais.

Mais, même pour un bonhomme comme moi, de gauche, mais qui jusque là a décidé d’accorder sa confiance à un homme pour qui –et je n’étais pas le seul- j’ai voté, c’est plutôt mal parti !

Les premières paroles fermes, nettes, réfléchies, intransigeantes que le Président a prononcées, ce fut au téléphone, à l’encontre d’Alexis Tsipras, juste après la victoire de l’OKI. Il s’est quasiment montré menaçant, « fini le grand frère compréhensif » dit son entourage, soulignant par là une certaine condescendance.

Autre ton avec Madame la Chancelière pour laquelle il semblait exprimer la toujours identique (et obséquieuse, diraient ses opposants) rondeur.

Si Hollande peut espérer jouer un rôle autre que fou de la reine, il en a une magnifique occasion. Il peut rappeler à tous les pays membres de l’Europe leur devoir d’infléchir la politique européenne de telle sorte que cette Union devienne enfin un espace de convivialité. Cet objectif n’est pas un luxe, un gadget de politicien désireux de se gargariser de mots, mais un ensemble de dispositions inscrites dans les statuts de l’Union européenne sous le titre de « BUTS ».

Et si Hollande possède les mêmes compétences que moi en Economie, c’est-à-dire pas grand-chose, je lui conseillerais de lire dans « Die Zeit » récente l’interview de Thomas Piketty :

 « Piketty estime que «les conservateurs, en particulier en Allemagne, sont sur le point de détruire l’Europe et l’idée européenne, tout ça à cause de leur ignorance choquante de l’histoire.» Et pour convaincre le lectorat allemand, il établit un parallèle entre la situation actuelle de la Grèce et celle de l’Allemagne soixante ans plus tôt :

«Ce qui m’a frappé pendant que j’écrivais, c’est que l’Allemagne est vraiment le meilleur exemple d’un pays qui, au cours de l’histoire, n’a jamais remboursé sa dette extérieure, ni après la Première, ni après la Seconde Guerre mondiale.»

 

Et plus loin, insistant:

 

«L’Allemagne est LE pays qui n’a jamais remboursé ses dettes. Elle n’est pas légitime pour faire la leçon aux autres nations…

 

Alors que le journaliste revient à la charge –

 

«Donc vous nous expliquez que le miracle économique allemand était basé sur la même sorte d’aide que nous refusons à la Grèce aujourd’hui?»–,

 

Piketty répond: 

 

«Exactement….la France comme Allemagne ont fait baisser leur dette après guerre en employant trois outils conjoints, poursuit-il: l’inflation, un impôt sur la richesse privée et une restructuration de leur dette.

Nous ne pouvons demander à ce que les nouvelles générations payent pour les erreurs de leurs parents

Alors, si Hollande désire enfin être « Moi, Président de la France, membre d’une Union européenne sociale, je … »

Et  que hollande ne soit plus, ni le grand frère condescendant de Premier Ministre grec, ni le petit frère bien élevé de Madame la Chancelière, mais un Homme d’Etat qui affirme ses convictions de Gauche,( pour lesquelles il a été élu ) et contribue à faire de l’Union européenne non la roue de secours de la Haute Finance, mais une espace de convivialité.