Le droit de retrait

01/02/2017 13:48

 

 

Un certain nombre de députés socialistes qui se désolent de l’élection de Benoît Hamon à la  primaire citoyenne invoque leur « droit de retrait », et je crois les comprendre. Un de mes très proches vient de m’adresser le mail rageur que voici :

Pour la primaire de gauche, jour sombre, le traitre Hamon, crapaud qui se veut roi, n'a aucune envergure, il n'a fait que gêner le travail des gouvernements Ayrault et Valls, claquant la porte car son incompétence notoire était si criante. Je refuse de voter pour ce polichinelle qui ambitionne un vêtement trop grand pour ce pauvre petit traitre à la gauche.

Ce mail est féroce mais je le sais sincère. Il est d’autant plus étonnant et détonnant qu’il est écrit par quelqu’un d’une grande générosité, habituellement pondéré, plutôt modérateur, et qui pendant des dizaines d’années, en tant qu’élu du PS, a contribué dans sa ville à créer des structures essayant d’atténuer les injustices flagrantes. Il a mené avec ses collègues des combats humanistes qu’ensemble ils ont gagnés. Il se disait « réformateur » et ne comprenait pas l’attitude de Hamon, Philippetti, Montebourg, qu’il pensait saboteurs.

Personnellement je n’étais pas loin d’être de son avis en refusant de participer au lynchage médiatique de Hollande. Le président, sans se soumettre aux esbroufes habituelles, réalisait des réformes de première importance et j’ai approuvé  cette politique. Mon seul refus concerna la déchéance de nationalité qui correspondait selon moi à rétablir la peine de mort. Ce jour-là, je décidai de ne pas voter Hollande.

Lors des primaires, je votai sans hésiter Montebourg, habitant un coin de Savoie que cet homme a sauvé en refusant la mort jugée inéluctable du complexe Péchiney. Des milliers de personnes, grâce à lui, vivent aujourd’hui décemment de leur travail.

C’est ensuite que j’ai découvert Hamon que je méconnaissais.

Pour moi, entre Valls et Hamon, il n’y eut pas photo ! Manuel Valls dont je reconnais les grandes qualités est réformiste, or il est impossible de conserver, même en l’améliorant, le fonctionnement actuel de l’Etat qui encourage et légalise des injustices criantes, totalement inacceptables, les 5 à 8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, pendant que les fortunés s’en mettent plein les poches ! Inadmissible !

Ce régime doit cesser. Ces injustices légales doivent cesser.

Il faut réinventer la Constitution. Il faut donner du pouvoir à chaque citoyen.

En premier faire en sorte que chaque citoyen puisse être représenté par des parlementaires de son milieu : La France est composée, pour dire vite, de trois catégories de personnes,

-          les fortunés, héritiers, hommes d’affaires, aventuriers, escrocs, sportifs. Ces gens qui, influents parce qu’argentés, jouent un grand rôle, celui qui les avantage, dans la marche du Pays,

-          Les nantis, ceux qui, de par leur milieu, par leur éducation, leurs diplômes, leur acharnement, vivent très confortablement, comme on le souhaiterait pour tous les français.

-          Les travailleurs, et ceux qui ne peuvent pas l’être, la grande majorité de la population.

Or les parlementaires sont, dans leur immense majorité, issus des deux premières catégories. Malgré leur très bonne volonté, ils ne peuvent pas comprendre les impératifs des travailleurs.

Comment voulez-vous qu’un Fillon n’applique pas les règles de son milieu qui est d’avantager sa famille au-delà du raisonnable. Certes il a l’excuse de son éducation. Il est fervent croyant et compte sur Dieu pour donner du sens à la vie des humains : Le nanti bénit son Seigneur et Maître de sa bonne fortune et ne manque pas de le prier d’aider le pauvres à supporter leurs misères. Ceux-ci auront, par leurs souffrances, gagné de monter tout droit au ciel.

Ainsi cet homme, François Fillon, est très sincèrement en plein accord avec sa conscience. Il s’estime sans doute, profondément honnête, parce qu’il agit en respectant des lois, élaborées par son milieu, sauf qu’elles avantagent les riches.

Son élection à la primaire de la droite repose sur le fait qu’il est le plus honnête de tous. Alors que dire des autres, de tous ces parlementaires qui détournent l’argent public par millions depuis toujours.

Benoît Hamon s’attaque de front à cette injustice. Il ne veut pas réformer ce qu’il estime être un fruit pourri, irrécupérable. Il veut simplement une vraie justice légale que les profiteurs du système actuel jugent totalement chimérique, et on les comprend, c’est à leurs combines que s’attaque Hamon.

Aussi je dirais à ces députés qui n’ont pas encore réalisé qu’ils trahiraient leurs idéaux s’ils persistaient à vouloir simplement réformer et non changer, de reconsidérer leur position. Ça en vaut vraiment la peine.