Le faux procès du Monde

24/09/2015 15:07

 

Le Monde des dimanche et lundi 20 et 21 septembre derniers a ouvert sa Une avec ce titre un rien racoleur : « Ces intellectuels que revendique le FN ».

Et, pour faire bonne mesure, le Monde semble confirmer son titre par une grande photo d’un homme, Michel Onfray,  qui n’en espérait  sans doute pas tant, s’adressant  au FN : « Martine, si tu m’entends… ». C’est vrai que l’interpellation de cet « intellectuel » laisse entendre que ces deux-là, Onfray et Marine, sont copains comme cochons. M’enfin !

Les pages 16 et 17 tentent ensuite de lancer le débat avec cette  interrogation : « Des intellectuels à la dérive ? »

La question est de savoir si nos intellectuels bien français sont ou non responsables du succès que paraît rencontrer aujourd’hui le FN.

Et dans cette double page, nous retrouvons enfin la fameuse interpellation : « Marine, si tu m’entends… ». Son contenu est troublant. Pour moi, il sonne comme l’illustration de ce qu’on appelle le déni, comme dans les cours de récré invoquées : « C’est pas moi, c’est l’autre ! » Et il sonne comme une déclaration d’amour : « Tu sais ma Marine chérie, je ne t’aime pas, mais pas du tout ! Si tu le crois, tu te trompes. Je ne t’aime pas plus que tous les autres que je hais. Tous ces politicards, ces prétendus philosophes, penseurs du dimanche, hommes vils et nuisibles, les Freud, les Camus et coetera…Je sais que je suis un beau parti, le meilleur qui soit, et que je te déçois, tu m’en vois désolé. En fait, je n’aime que moi. »

Voici ce que j’ai lu. Il est vrai que je ne suis pas très objectif, ayant depuis longtemps pris en défaut d’analyse le dit penseur dans un domaine où j’avais à l’époque quelque connaissance et compétence. Mais ça, c’est de la vieille histoire. C’est surtout cette insulte lancée à la figure d’un Yann Moix qui, dans « On n’est pas couché ! » reproche à l’orateur son rejet systématique des personnes qui font référence. Offusqué qu’on puisse contester son auguste sagesse: « La pensée, c’est pas fait pour vous ! » lâche Onfraie tentant d’écraser son odieux contempteur au lieu de l’« entendre ». Je soupçonne Onfraie de ne pas accorder la capacité de pensée davantage à un émigré sauvé de la noyade, ou au petit peuple auquel il s’identifie, qu’à un Yann Moix qui tente de discuter.

Mais ce qui me paraît important de dire, c’est que je crois que le Monde se trompe. Ce ne sont pas les « intellectuels » qui font le succès du FN. Il me semble que le FN séduise particulièrement les personnes qui n’ont pas l’envie de lire, et surtout pas des choses sérieuses. Des slogans, ça, d’accord ! Des phrases simplistes, à l’emporte pièce, qui sonnent comme un coup de fusil, oui, ça, ça leur parle. Ces personnes sont trop submergées par le devoir de survivre pour consacrer leur énergie à comprendre une situation si complexe que même ceux dont c’est le métier avouent leur impuissance.

On ne peut reprocher à ces personnes en péril de sauter dans le premier canot de sauvetage qui se présente même si celui-ci est pourri et ne peut que couler. Il est cocasse de constater que leur sort est comparable à celui des émigrés dont ils craignent la venue.

Quant aux autres jeunes, ceux qui pètent de vie et d’espoir, les politiques leur offrent un spectacle tel qu’ils préfèrent les vrais, ceux où ont s’éclatent, où on partage, où on se sent exister. Ça ne les empêche pas de savoir être sérieux, de « penser ». Et peut-être d’agir le moment venu.