Le journal d’un frontiste le 11 mars 2057 (roman)

11/03/2017 10:36

 

 

Ce Fillon qui était fièrement parti en campagne, entrainant les foules derrière son blanc  panache d’homme rigoureusement intègre s’était donné l’objectif de ramener le bon peuple de France dans le giron de la Chrétienté. Soudainement il fut désarçonné par le violent et sournois coup de bec d’un canard - enchaîné qui plus est. Son destrier portait son royal cavalier sur des jambes si hautes que la chute, interminable, le meurtrit méchamment, surtout du côté de l’amour propre. Il faillit renoncer au combat. Mais ses fidèles pages le portèrent vers un mage, expert en coups tordus. De sa baguette magique le sorcier transforma le tendre agneau en un redoutable Rottweiler aux crocs acérés qui semant la terreur fit le vide autour de lui. Il perdit ses alliés, l’homme était universellement honni. Puis, en très habile Machiavel, ou en malade mental, s’était remis en selle, et de nouveau perdit.

Ce fut donc sans risque que la Présidente prit une décision néanmoins audacieuse.

Madame la Présidente convoqua à l’Elysée le sieur Fillon qui caressa l’idée qu’il allait bientôt se trouver de nouveau Premier Ministre, car le plus compétent de tous, enfin reconnu et réhabilité dans son honneur.

Marine Le Pen reçut si cordialement son invité en tête à tête autour d’une tasse de thé agrémentée de tuiles aux amandes grillées que celui-ci en perdit toute défense et lorsqu’elle lui posa « entre nous » la question de savoir ce qu’il en était du Pénélopegate, il lui avoua en toute simplicité que ce qu’avait révélé le Canard Enchaîné était pure vérité. Il s’était laissé aller à quelque négligence qui n’avait cependant strictement rien d’illégal.

Puis Marine se confia elle aussi, regrettant la mort de son ami qui la laissait bien seule et  entourée d’incapables. Si bien que c’est en sautillant que le sémillant Fillon, bientôt Premier Ministre,  ayant pris congés de son hôte d’un élégant baisemain, descendit, guilleret, les marches du palais.

En arrivant chez lui, dans son appartement parisien, il s’enferma seul dans sa chambre pour savourer sa vengeance. Pour la première fois de sa vie il vida le flacon d’un prestigieux  « straight bourbon, hommage à Louis XVI » qui le propulsa pour un temps au royaume cotonneux des saints innocents. Aussi ne connut-il pas la nouvelle :

A Vingt heures précises, en direct du palais élyséen, Madame la Présidente s’adressa aux Français. Elle déclara avoir eu un entretien en mi-après-midi avec Monsieur Fillon. Or celui-ci lui a avoué que l’affaire du Pénélopegate est pure vérité, que François Fillon a effectivement détourné de l’argent public accordé à des proches, dotés d’emplois fictifs. Il ne le regrette pas. Il en avait le droit !

Aussi, selon la tradition républicaine reconnue publiquement par François Hollande, son prédécesseur, Elle, Marine Le Pen, Présidente de la République Française, a décidé d’user de son droit à recourir  à la raison d’Etat et ordonne l’arrestation du sieur Fillon et son exécution publique en place du Trocadéro le samedi 27 mai.