Le journal d'un frontiste 13 mars 2057 fiction

13/03/2017 01:09

 

Les citoyens de base se désintéressèrent vite de ces échanges théoriques, oiseux à leurs yeux, de l’élite. Chez eux, c’était plus viscéral, une douleur sourde au creux de l’estomac, un plat qui passe mal. Mais la vie, c’est aussi la mort, et Fillon l’avait bien cherchée !

Le 27 mai, avant même le lever du jour, une foule immense se pressait place du Trocadéro et tout aux alentours. Enfin, bien mieux qu’à la télé, cette foule avait du ‘live’, du vrai, pas de ce faux clinquant si souvent distillé. Pour les hystériques animateurs télé du dit-sensationnel, ce live leur rendait leurs juteuses prestations « Mission impossible » à moins qu’ils ne se carbonisent publiquement eux-aussi au nom de l’intérêt public. Mais faut pas rêver !

Bien en vue de toute part, sur fond de Tour Eiffel, l’échafaud se dressait sur une haute tribune toute habillée de noir et festonnée de bleu-blanc-rouge. Un cordon de militaires surarmés ceignait le bas de l’estrade. Une sourde houle sonore solidifiait le silence nappant la masse populaire comme pour l’araser. Tout semblait figé. Soudain, venu de loin, comme le murmure d’un vent précurseur d’orage, un bruissement se fit et se précisa. Un roulement de tambours lentement s’amplifia, couvrant le chaland de frissons. Plusieurs personnes s’évanouirent et furent évacuées. Des drapeaux tricolores de régiments célèbres émergèrent de l’océan humain et se dirigèrent vers l’estrade. Derrière les tambours, en chemise blanche et pantalon noir, marchait très dignement, seul, François Fillon dont les écrans géants révélaient le visage impassible. Un long murmure accompagna le condamné dans son ascension vers ‘la veuve’. Un photographe immortalisa la scène en une ombre chinoise noire sur fond de ciel rosé. ( il reçut le prestigieux prix Pulitzer !)

Un magistrat lut les arrêtés du jugement officiel. François Fillon ployant un genou droit, reçut la bénédiction d’un prêtre. Se relevant, il se saisit du micro tendu par son confesseur et s’adressa à la foule : « Je demande à Dieu son pardon pour toutes fautes commises, je le prie de protéger ce peuple français que j’ai tant aimé, et de le préserver des violences barbares comme celle qui m’est faite. J’adresse une dernière et tendre pensée à ma famille chérie. »

« Je ne me coucherai pas ! » avait-il claironné un jour, sûr de sa victoire. Or là il se coucha.

La suite fut rapide. L’écho du claquement métallique de la lame se répercuta sur un Paris stupéfait. Les caméras eurent la grande pudeur de se détourner de l’horreur et de ne surprendre que la lividité de visages pris au hasard dans la foule qui s’écoula lentement dans un silence lugubre.