Le journal d'un frontiste 20 mars 2057 fiction

20/03/2017 00:56

 

C’est alors que la population commença à se diviser.

Une bonne moitié de ceux qui avait voté Le Pen et qui y croyaient encore ne comprenaient pas bien la réaction des autres. « Ben quoi, ça remet un peu de moralité, on en avait bien besoin. La France aux Français, quoi ! ». Ensorcelés par les promesses du  « bien vivre entre nous, entre bons chrétiens, débarrassés de la racaille islamiste », ils s’étonnaient un peu de l’accumulation des interdits mais, naïfs, n’ayant toujours rien compris, ils se disaient que ça toucherait les autres et que ça les protégerait. Ils ne voyaient pas bien où était le mal. En tous cas, la gouverneure pouvait compter sur eux. Ils collaboreraient !

L’autre moitié de ceux qui avaient voté Le Pen réalisaient leur énorme bêtise. C’est leur stupidité qui avait conduit la France à cette régression mortifère. Sans eux, Le Pen ne serait jamais passée. Ils avaient bien eu conscience de la démagogie de cette redoutable manipulatrice, les salades qu’elle racontait, du pipo, mais ça les amusait de faire semblant d’y croire à partir du moment où les autres, les riches, les nantis, les bien logés, les Wauquiez et Compagnie, l’élite quoi, enrageaient et avaient la pétoche. Mais faut dire qu’ils n’avaient pas cru une seconde qu’elle passerait !

Et puis l’autre moitié, celle du peuple français qui avait craint bien moins pire que ce qui arrivait  étaient anéantis. Une telle régression, éteintes les Lumières, broyées les conquêtes sociales ! C’est à mourir !

Abrogation de la loi de 1905 sur la laïcité.

Abrogation de la loi Neuwirth sur la contraception,

 Abrogation de la loi Veil concernant l’avortement.

Comment est-il possible de décapiter une femme qui refuse de laisser pousser en elle un embryon qu’elle ne se sent pas d’élever ou une jeune femme qui refuse de vivre avec le rappel permanent de son viol, ou une mère de famille épuisée par une succession de grossesses, ou, ou… ?

Tout ça parce que quelques fanatiques, accrochés à des principes moraux vicieux qui ne sont que les leurs, estiment qu’avortement est synonyme de meurtre. L’Etat, assommé d’un coup, s’octroie, en se réveillant le droit de tuer mais refuse à ses membres celui d’un choix vital ! Quelle absurdité !

De même que l’inimaginable des atrocités nazies d’un Hitler interdisaient aux personnes normales de les envisager, de même la moitié de la France avait refusé de reconnaître la lourde pathologie d’une femme qui rêvait d’asservir son pays. Incroyable ? Et pourtant !

 Les interdits continuent de défiler en un sinistre cortège :

Abrogation du PACS (loi de modernisation de la justice du XXIe siècle publiée au Journal officiel du 19 novembre 2016 (article 48).

Abrogation de la loi française no 2013-404 du 17 mai 2013 ouvrant le mariage civil aux couples de personnes de même sexe.

Interdiction de pratiquer publiquement une religion autre que le culte catholique.

Interdiction d’utiliser publiquement une langue étrangère.

Et cette soif mortifère va, en passant par l’interdiction des grèves,  jusqu’à celle faite au médecin de pratiquer une péridurale sur une parturiente sous prétexte que Dieu a imposé aux femmes « d’enfanter dans la douleur » et que soulager cette douleur, comme bien d’autres d’ailleurs est sacrilège. C’est se désolidariser de la souffrance du Christ.

Interdiction de vivre…

Parallèlement à la justice civile, un tribunal religieux est instauré, qui veillera à faire respecter le Droit Canon. Il se réapproprie le nom d’ « Inquisition » et réhabilitera les bûchers. Dans chaque diocèse, un exorciste formé retrouvera une fonction effective.

La petite minorité émiettée à travers le pays qui rédigea secrètement cette Constitution  fêta solennellement cet avènement du retour à l’âge de la Foi, lors d’une cérémonie à Notre Dame de Paris. Entourée de l’Assemblée des évêques de France réunie sous la présidence du Nonce apostolique, la foule des fidèles et l’ensemble des chorales de France entonnèrent un vibrant Te Deum.

L’Observatore Romano salua le retour de la France au bercail.