Le journal d'un frontiste 4 / 01 / 2057

05/03/2017 08:10

 

Le journal d’un frontiste  ce 4 mars 2057

François Hollande connut quatre années cauchemardesques. Il dut faire profil bas, ne put réaliser ce qu’il avait prévu et la France en pâtit, surtout les citoyens modestes qui, se sentant abandonnés, se tournèrent vers Le Pen et les délices de l’entre-soi. Le FN caracolait en tête des sondages.

Ainsi, lesté d’un désamour insondable, François Hollande, faisant preuve d’une grande abnégation, prit la décision de ne pas se représenter, laissant le champ libre à tout candidat.

Ne pouvant pas se départager, les deux camps de Droite et de Gauche reprirent une recette qui avait fonctionné sans qu’on en analyse les effets pervers. A Droite le plus retord et agressif des participants, Fillon, fut élu sous prétexte qu’il était un modèle d’intégrité. Juppé, le plus vertueux et compétent de tous, fut méchamment écarté. Mal en pris à la Droite !

Car le bon père de famille fut pris la main dans le sac à détourner pour les siens de rondelettes sommes de l’argent de l’Etat. Déstabilisé par le « Pénélopegate » et menacé d’être remplacé par un autre candidat de droite, Fillon alla se ressourcer auprès de celui qui ne l’avait jamais considéré autrement qu’un larbin. Il sortit méconnaissable de la rencontre, muni d’un viatique qui avait fait ses preuves chez Sarkozy: cogner fort et s’imposer coûte que coûte, sans trembler.

 L’agneau timoré se mua en lion rugissant, imposant le silence dans les rangs. Il promit que, s’il était mis en examen, hypothèse pour lui invraisemblable car qui oserait se le permettre, il céderait sa place. Or, il le fut, et non seulement ne tint pas cet engagement de se retirer, mais hurla au complot, à l’assassinat, attaqua la légitimité de l’Etat, et plus encore celle des juges. Il menaça de déclencher une guerre civile, bref, se ridiculisa.

Le condensé de violence et de haine que le passage chez les bons Pères lui apprit à contenir explosa alors, éclaboussant tout. Cet homme qui avait revêtu des années durant un austère et respectable complet veston très british étala aux yeux de tous sa petitesse. La raideur de ses bottes ne suffit plus à le maintenir debout. Une part de ses électeurs ne lui pardonnèrent pas d’être ce qu’il était, et filèrent vers Le Pen ou vers Macron. Dès lors, Fillon eut beau vitupérer, il disparut de la scène politique.

Les 500 personnalités qui avaient accordé leur signature à Fillon les lui retirèrent pour les transférer officiellement sur la candidature d’Alain Juppé qui tenta de sauver les meubles. Bien des observateurs s’étaient impatientés de constater que, par ses stupidités Fillon envahissait l’espace et le temps accordés à la campagne au lieu que soient abordées les questions de fond posées par les divers programmes. En fait, les citoyens se rendirent compte qu’il l’avait échappée belle : sans cette diversion, Fillon, annoncé favori au second tour, aurait sans doute accédé à la présidence sans que soit révélée l’abominable réalité du personnage : Un homme veule, méprisant la loi et la justice de son pays, assoiffé de richesse et de reconnaissance, n’appréciant la démocratie que si le peuple s’agenouille devant lui. Quelle immense chance que d’avoir éliminé un tel malade, merci le Canard !

Les sondages enregistrèrent une redistribution des intentions de vote : 20 % se portèrent sur Juppé, le FN obtint 1% de plus,  Macron perdit 5 points, retombant au niveau de Hamon.