Le journal d'un frontiste 7 mars 2057

08/03/2017 09:18

 

Hamon, d’abord accusé de trahison par les socialistes historiques, parvint à convaincre une partie de ses détracteurs que son programme restaurerait solidarité et humanisme. Ses propositions intégrèrent sans grande difficulté les objectifs de Yannick Jadot et des Verts qui insistaient sur la nécessité de sauver la planète et d’offrir une vie plus agréable à tous les  citoyens. Cette concertation aboutie des deux hommes, entérinée par leur parti respectif, fit progresser significativement les intentions de vote pour Hamon.

Mais l’effet pervers d’une primaire se manifesta de nouveau. Les aspirants socialistes à la fonction suprême goûtèrent tous la mise en lumière des sunlights et chacun se persuada que les électeurs de Gauche, abusés, avait élu un farfelu et oublia qu’il s’était engagé à soutenir le gagnant de cette rude et passionnante confrontation. Ce ne fut pas le hasard qui propulsa largement Benoît Hamon à la première place. Mais Manuel Wals, surtout lui, qui avait été donné pour favori, enragea d’avoir perdu et mena une campagne aussi sourde que virulente contre Hamon. Il se rapprocha de Macron, libéral de Droite. Claude Bartelone, théoriquement socialiste, annonça qu’il préfèrait lui aussi Macron, sous prétexte qu’il ne se reconnaît en Benoît Hamon. Mais on peut le comprendre, Hamon est socialiste.

Par ailleurs, Alain Juppé dans une courte et percutante déclaration sembla être le seul homme  respectable de la droite. Il refusa de se coucher devant un homme dont le Canard- encore lui- dénonça une nouvelle malhonnêteté : illégalité de non déclaration d’un prêt énorme. Il invita à mots couverts les électeurs de droite à ne pas voter Fillon. Alors pourquoi pas Hamon ?

Qui donc peut croire ces girouettes LR qui n’avaient pas assez de mots pour accabler Fillon, mais l’escroc s’accrochant, voulurent le faire élire pour le bien de la France ? De la France, ces notables véreux n’en ont que faire. Leur seul objectif consiste à s’accrocher eux-aussi, à sauver leurs privilèges et poursuivre leurs malversations.

Ces combinards de droite redoutaient en fait la pertinence du programme de Hamon dont le but est de rétablir un minimum de justice, notamment en direction des jeunes. Ils espérèrent se refaire une santé en attaquant ce qui leur parut être un des points le plus contestable du programme de Hamon, la dépénalisation du cannabis.

Pendant huit jours défilèrent à la télévision des sommités médicales qui martelèrent l’immense danger que comportait chez les adolescents une telle prise de drogue : pertes de neurones chez un jeune en pleine croissance, d’où QI en chute libre, schizophrénie, délinquance, stérilité et autres conséquences dramatiques irréversibles. Seule solution raisonnable : la chasse impitoyable aux consommateurs de cannabis, aucune indulgence, sanctions draconiennes ! Et chacun des intervenants terminait son sermon par : « Pour moi, Médecin, en conscience, aucune indulgence, dépénaliser le cannabis, pas question! »

Heureusement que cette campagne, pourrie par les frasques de Fillon, apportaient quelques notes de gaîté : ainsi le lapsus d’un illustre Esculape qui parla de « délepénaliser le cannabis ». Les chroniqueurs eurent beau jeu de rappeler la dangerosité du l’authentique poison qu’est Marine Le Pen.

Le public se passionna pour ce match à propos du cannabis : Fermeté, raison, éducation, ordre, discipline, d’un côté,  licence, démission, terrorisme, anarchie, chienlit de l’autre.

Autrement dit : Droite contre Gauche.

La Droite sentit qu’elle tenait là un sujet capital, remobilisant l’attention d’un public qui oublierait le Pénélopegate et la folie de leur poulain. Elle canonna davantage.

Macron, se disant opposé au désordre, se joignit à la Droite, levant désormais toute ambiguïté.

Mais il y eut une confrontation publique des leaders qui clarifia le débat …