Le journal d'un frontiste ce 14 mars 2057

14/03/2017 00:43

 

La sinistre silhouette de l’échafaud avait confirmé ce que beaucoup pressentaient, le règne de l’arbitraire, les exécutions sommaires que le peuple subirait désormais sans broncher. La Présidente comptait dans son parti, parmi  les plus fidèles frontistes, presque tous les policiers nationaux ou municipaux du rang, que la fuite de leurs cadres qui les méprisaient libérait enfin. Leur omniprésence, évidente ou secrète, annihila toute velléité de rébellion mais contribua à ce que la transition entre les deux quinquennats s’effectue dans une ambiance léthargique. ‘L’élite de la France’ avait anticipé et prévu son  repli stratégique dans un Pays ami. Jamais une évasion de capitaux ne connut un tel flot. La France fut laissée pour  exsangue, compromettant l’avenir de centaines d’entreprises et de sociétés.

Ainsi la moitié de la France, modeste et besogneuse, fut prise en otage par la chose politique et  n’eut d’autre choix que de faire le dos rond.

Les électeurs de Hamon furent de ceux-là, ainsi que les cadres dont le cœur battait à gauche. Un responsable honnête, sérieux, n’abandonne pas le navire en pleine tempête ! Or les législatives devaient se tenir les 11 et 18 juin. Lors des élections précédentes tous les candidats des partis étaient des notables qui n’avaient pas grand-chose de commun avec l’ensemble de la population. A cette élection, les cadres étaient surtout du FN. Faire battre le cœur de la France mit son point d’honneur à présenter de vrais représentants du peuple et ceux-ci emportèrent les trois quart des sièges de députés. Le FN se contenta du reste des sièges, les cadres du Parti à caser.

Marine Le Pen accueillit son obligation de cohabiter avec le ‘Faire battre le cœur de la France’ comme une bénédiction et fut très heureuse de prendre Benoît Hamon, homme affable mais surtout efficace, comme Premier Ministre. Cette situation arrangeait bien Madame la Présidente qui se sortit ainsi d’un très mauvais pas, car aucun de ses proches n’était en mesure d’assurer la moindre des responsabilités. Ceux-ci avaient ardemment réclamé le pouvoir, mais n’y croyant vraiment ne s’était pas préparés à l’exercer. Ceux qui rechignèrent devant la nomination d’Hamon disparurent magiquement.

Mais Benoît Hamon dut  accepter que le Ministre de l’Intérieur soit quelqu’un du FN, un policier, ancien syndicaliste.

Hamon forma le Gouvernement qu’il avait préparé et parvint à faire que le peuple mit tout son enthousiasme à ce que les ‘liberté, égalité et fraternité’ du fronton des écoles et mairies ne soient pas que de pierre. Le premier effet bénéfique dont le succès dépassa l’efficacité que Benoît Hamon avait espérée fut son revenu universel financé par la vente de quelques tonnes de l’or de la Banque de France. Ce petit apport permit à une multitude de personnes  aux ressources modestes de sortir la tête de l’eau et de faire des projets. Tous ceux qui s’étaient moqués du « revenu universel » ne savaient pas ce qu’était qu’être pauvre, de galérer avec de petits boulots sans intérêt et avenir, ou alors ils l’avaient oublié, ou secrètement s’en réjouissait. Certains purent choisir un métier qui leur permettrait de vivre dignement en prenant du plaisir. Le must ! Cette mesure eut un formidable effet d’entraînement qui déclencha tout le reste.

Pendant que Benoît Hamon, avec son équipe s’échinait à palier au plus urgent, à résoudre des questions insolubles, et à se réjouir des premiers résultats,  Madame la présidente passait plus de temps en mondanités à l’étranger qu’en France à travailler. Mais c’est ce qui permit qu’une ambiance de bonheur et de créativité saisisse ce quinquennat.