Le journal d'un frontiste le 1er Avril 2058

24/03/2017 00:04

 

Le journal d’un frontiste        le 1er avril  2058

 

 Le 1er avril 2058, anniversaire du coup d’état de 2022, alors que la junte finissait de se réunir au complet dans les tribunes des Champs Elysées, un solide cordon de militaires en tenue d’apparat entoure l’espace des officiels. Madame la Gouverneure se sent toute fière de cette démonstration de force devant la protéger et qui impressionne ses invités. C’est alors qu’un haut-gradé très étoilé vient saluer madame la Gouverneure et, d’un geste courtois, la prie de le suivre.

De grosses voitures blindées, accompagnées de motard, se rangent au bas de l’estrade. Des militaires ouvrent la lourde porte arrière à double battant des engins, déplient un escalier métallique et tout ce que la dictature compte de responsables grimpe allégrement vers une aventure surprise.

Ils ne réapparaîtront que le jour de leur jugement.

L’immense foule, interrogative, réquisitionnée à la cérémonie en l’honneur de l’Etat chrétien, attend résignée le signal d’agitation des drapeaux. Mais le scénario semble bafouiller. Une rumeur de quelque chose de pas normal  circule dans l’air frisquet.

donc vont donc ces officiels dans ces curieux taxis militaires. Ils nous plantent là debout alors que nous poireautons depuis plus d’une heure avec nos ridicules drapeaux ? Il ne manque plus que ça ! Ça commence à bien faire !

Soudain chacun se dresse sur la pointe des pieds. Arrivent de nulle part, lentement, trois camions débâchés qui stoppent devant la tribune désertée. Un petit groupe de femmes et d’hommes aux habits chamarrés saute sur le bitume, les hommes en premier par galanterie pour accueillir ces dames. Des touristes, c’est le bouquet !

Les personnes gravissent l’escalier de l’estrade et prennent place sur les sièges libérés !Il ne faut surtout pas vous gêner ! Une femme s’approche d’un pupitre et lance au micro : 

« Mes chers compatriotes, en tant que porte-parole du Gouvernement, je vous annonce le rétablissement en France de la démocratie. J’ai le grand honneur et bonheur de vous  présenter, siégeant dans la tribune officielle, la  totalité du Gouvernement provisoire de la sixième République. »

Un long silence accueille l’incroyable nouvelle.

Ça n’et pas possible ! Je rêve !

Puis la sonnerie des trompettes lance la Marseillaise entonnée par le chœur  de la Garde républicaine de suite rejoint par la foule soudain sérieuse et qui pleure de joie.

Cet immense chœur populaire fait battre à nouveau le cœur de la France.

Puis, silence. Un frêle personnage, façon professeur Tournesol, s’approche à petits pas du micro. Très ému mais d’une voix qui ne tremble pas il rappelle :

Le 1er avril 2022, en tant que 1er ministre de la cinquième République, venant d’abandonner  mon Pays, j’ai prononcé ces mots :

« Je pense que la France va vivre une période de glaciation, de coma artificiel. C’est pour tous une catastrophe. Mais en ayant accompagné durant cinq années tout un peuple qui, amputé de ses cadres, en a profité pour faire montre de ses immenses capacités, je pense qu’il ne s’agira que d’une très douloureuse parenthèse dont il sortira plus fort que jamais. »

Or, aujourd’hui c’est fait, vous avez réussi, nous avons réussi ! Nous sommes un grand peuple. Vive la France, vive la République.

Les cloches de France et d’ailleurs, les sirènes des navires, décibellent à tout va la joie de la liberté recouvrée.

Dis, mman, c’est quoi la fête ? C’est Pâques ?

Oui ma chérie, c’est la résurrection, celle de la Patrie !