LE JOURNAL D'UN FRONTISTE le 8 janvier 2057

22/02/2017 10:49

 

 

Après avoir téléphoné à Carole pour m’assurer qu’elle était chez elle et qu’elle acceptait de me recevoir à titre privé, j’ai sonné à sa porte.

Je fus surpris de me trouver dans l’appartement d’une jeune mère, les traces de son enfant qui dormait encore dans une chambre voisine étaient semées partout. Une chaise-haute vers la table de la cuisine, un tapis en forme de damiers sur lequel étaient disposés des poupées, une collection de biberons etc…

Elle vit mon étonnement et sourit. Quant à moi, je poussai un gros soupir de soulagement. Elle n’était donc pas une gouine ! Ainsi il n’y avait pas de problème, mais seulement de la part de l’auteur de la lettre anonyme, une tentative d’éjection d’une concurrente pour prendre une place enviée ! Classique. Tentative évidemment avortée. Je n’avais pas à inscrire la jeune femme sur la liste noire des homosexuelles et à la faire interner dans un centre de redressement en plein Océan indien.

Je puis alors lui expliquer la raison de ma visite.

Je vis son visage se décomposer au fil de mon récit et elle s’effondra, sa tête collée à la table, enfermée entre ses bras. Malgré mes supplications, elle se mura dans le silence. Je ne savais plus que faire, que dire, je ne comprenais pas, j’étais désemparé. Puis je me vis faire un geste dont jamais je ne me serais cru capable : je quittai ma chaise et debout à sa gauche, effleurai ses cheveux. Je  m’enhardis jusqu’à lui caresser doucement la tête. J’avais oublié ce que me prescrivait le manuel fixant la conduite à tenir de la part d’un supérieur vis-à-vis de ses subordonnés ou d’un délinquant. Ou plutôt non, s’imposait devant mes yeux, imprimée en lettres grasses, l’interdiction absolue de tout geste déplacé de la part d’un ou d’une supérieur(e) vis-à-vis d’un subordonné de l’autre sexe sous peine d’être dégradé.  Or Carole cumulait ces deux propriétés : subordonnée et présumée délinquante!

Je fus étonné de me sentir heureux de cette transgression. Moi, désobéissant ! Je n’en reviens toujours pas !

Des paroles apaisantes sortirent sans contrôle de ma bouche : Je ne lui voulais aucun mal, seulement l’aider… Je rapprochai d’elle ma chaise et entourai ses épaules de mon bras.

Alors elle me raconta : elle s’était découverte, adolescente, à ne pas supporter l’infantilisme et la grossièreté des garçons et à n’apprécier que la compagnie de ses amies lycéennes. L’une d’elle l’attirait particulièrement et un jour elles osèrent s’avouer leur amour. Ce fut une merveilleuse et intense passion jusqu’au jour, où, convoquée par le proviseur, elle apprit la disparition de son amie, sans explication. Désespérée, elle s’étourdit dans ses études, obtint ses diplômes, et un métier qui la passionne et l’aide à comprendre l’absurdité de la dictature nationaliste qu’est devenue la France. Elle avait recouvré dans la Recherche sa raison de vivre, et ce, jusqu’au jour du viol. Le chef auquel j’ai succédé avait profité de son pouvoir  pour la menacer de la faire déporter si elle ne cédait pas à ses avances. Son refus excita le bonhomme.

Elle ne pensa qu’à mourir. Puis, lorsqu’elle se sut enceinte, elle se découvrit une raison impérieuse de vivre. Elle se fit envoyer à l’étranger pour une mission, en fait, pour accoucher sans être obligée, si elle était restée en France, n’étant pas mariée, d’abandonner son enfant pour adoption. A présent son enfant est de nationalité allemande, et se retrouve donc intouchable. Ce qui n’est pas le cas de sa mère qui elle, est et se revendique homosexuelle. Qu’elle soit la mère aimante d’une fille adorable ne la protège nullement d’une déportation normalement prévue aux îles Kerguelen. Or cette mesure ne peut être appliquée que par moi !