Le Monde, des technocrates sans humanité

05/12/2016 02:12

 

 

En lisant « le Monde » de ce samedi 3 décembre, j’ai eu une petite idée de ce que pouvait être la comparution devant un tribunal de l’Inquisition, ou, plus proche de nous, d’un procès stalinien, ou encore d’un opposant à Erdogan. Sauf que là, car nous sommes (presque) en République, c’est toute une rédaction qui fait le procès à charge de notre président et qui, en tant que « journal de référence » s’autorise à condamner l’accusé dont l’annonce de sa non-candidature est « la meilleure prestation ».

Pas étonnant diront beaucoup. Dès le début de son mandat, François Hollande a déplu à la rédaction. Est-ce parce que l’homme s’est permis de sortir l’escroc dont ces messieurs-dames subissaient encore la séduction.

Car comment expliquer une telle campagne de dénigrement ?

Pour beaucoup, dont moi, l’annonce de ne pas être candidat pour un second mandat a été  perçu comme un acte de courage empreint de dignité, or le chef d’orchestre du « Monde » en titrant : « l’aveu d’un échec » donne le la à ses exécutants qui s’efforceront tout au long de leurs partitions de démontrer que tout ce qu’à fait François Hollande n’est qu’erreur, trahison, manœuvre, incompétence et malhonnêteté.

Ainsi, Nicolas Chapuis précise que « la décision de François Hollande est tout à la fois l’aveu d’un terrible échec, la marque d’une certaine lucidité et un saut dans l’inconnu. » Ainsi ce journaliste refuse de cautionner le bilan nuancé de sa mandature que fait le Président, préférant tout rejeter, ‘terrible échec’. Il lui accorde ‘ une certaine lucidité’, mais fait de lui un irresponsable, peut-être un suicidaire : ‘un saut dans l’inconnu’ alors qu’un économiste et pas des moindres, Thomas Piketty, affirme que « cette décision rouvre le jeu à gauche », ce qui donne un tout autre sens à la décision en question et redonne espoir au pays.

 Cette annonce, poursuit ironiquement AC, ‘restera quasiment comme sa meilleure prestation’, celle qui marque ‘symboliquement la fin du quinquennat’. Il semble ignorer que, d’ici là, François Hollande dispose de cinq mois pour terminer son mandat et qu’il ne restera pas les bras croisés, s’employant à sauver le pays des sinistres projets de la Droite.

François Hollande a-t-il constamment pris à contrepied et vexé le quotidien pour que ce dernier utilise de telles manœuvres de désinformation et critique son goût du secret, la culture  du mystère ? Il est vrai que Sarkozy était autrement plus prévisible et facilitait les annonces astrologiques du Monde. Vexé le Monde d’avoir cru jusqu’à la dernière minute que le Président se représenterait, rageant de le voir s’offrir une fois de plus ‘un petit plaisir coupable’, privant les journalistes de l’orgasme du scoop ?

Dans l’article de la page 3, Chapuis tend le relai de la diffamation à Bastien Bonnefous qui s’exclame de suite « Le hollandisme est mort, vive le Vallsisme ! » commettant selon moi une erreur qui, si j’ai raison, refroidira l’enthousiasme de BB. Je trouve téméraire, surtout de la part d’un journaliste, d’atteler si rapidement un corbillard et de dresser sur le champ le  catafalque de quelqu’un encore bien vivant. Il est vrai que bien des journalistes paraissent préférer pratiquer leur métier en croque mort plutôt qu’en acteur du SAMU. Aussi, je crains que BB ne prenne trop facilement ses désirs pour la réalité et ne découvre, ahuri, un président bon pied bon œil, se mêlant avec ardeur et efficacité à la campagne qui s’annonce. Première erreur me semble-t-il. La seconde pourrait être celle du résultat de la primaire de Gauche dont sortirait Valls vainqueur. Comme l’annonce Thomas Piketty, le jeu à gauche vient de s’ouvrir. Pour ma part, je verrais bien Christiane Taubira en Présidente de la République Française –à bicyclette !

Dans sa chronique, si Françoise Fressoz compare François Hollande à Jacques Delors, ce qui me paraît pertinent. Elle rappelle que Delors a refusé d’envisager la responsabilité suprême, alors qu’Hollande « a osé se faire élire en 2012 mais mal lui en a pris : quatre ans plus tard, il est devenu le mal aimé des sondages, la cible de son camp…le travail de sape des frondeurs » omettant d’ajouter « et celui du Monde ! ».La journaliste termine par ce qui est pour moi là encore est une lourde erreur : « Jeudi soir, il s’est sabordé » Cette fois encore, François Hollande meurt politiquement, il coule le pédalo, à moins que, dans le contexte calamiteux du Monde, il ait coulé le bateau « France ».

Or je ne crois pas être le seul à penser qu’en se retirant de la compétition, François Hollande accomplit une action étonnamment géniale. Il permet aux électeurs de reprendre espoir et de choisir une candidate, un candidat, qui les respectera.

Pour terminer avec la litanie des méfaits chantés sur l’air de la calomnie et prêtés à notre Président, je cite quelques passages de l’article « Le président des paris perdus ». BB, son auteur, dès les toutes premières lignes se livre à un exercice périlleux et, paraît-il, extrêmement épuisant, de voyant extra-lucide : « Depuis son élection le 6 mai 2012, François Hollande a toujours été obsédé par l’idée de laisser une trace dans l’histoire. » Mon objectivité irréprochable bien connue de mes proches m’oblige à reconnaitre que BB a raison : François Hollande a effectivement été élu le 6 mai 2012. Pour le reste, je vais me renseigner auprès de ma chiromancienne.

Et plus loin, BB, encore lui, énonce : « Si le chef de l’Etat, jeudi soir, a affirmé n’être animé que par l’intérêt supérieur du pays, il a, à plusieurs reprises depuis 2012, fait des calculs politiques à court terme et à visée essentiellement personnelle… » Il ne faut donc pas s’étonner si tous les citoyens de ce malheureux pays ne peuvent que s’apitoyer devant un  François Hollande « seul au milieu du champ de ruines ». Etc, etc…

Aujourd’hui je peux dire sans avoir eu à consulter ma voyante extra-lucide que, si champ de ruines, il y a, j’estime que le Monde en est en partieresponsable.

Je ne comprends pas pourquoi une telle haine, un si subtil et permanent lynchage ? Y aurait-il une histoire de Légion d’Honneur refusée, une phrase blessante comme sait en décocher parfois, je crois, François Hollande, ses yeux de chien battu, sa silhouette de citoyen normal ?

Pour ma part, Hollande ne m’a pas déçu. Je me trompe ! Il m’a déçu profondément une fois, lors de son désir de promulguer la déchéance de la nationalité. Pour moi, c’était équivalent  au rétablissement de la peine de mort. C’était comme un père qui renie son enfant parce qu’il n’est pas parfait…Mais autrement, j’ai trouvé cet homme d’autant plus honnête qu’il succédait à un escroc. Et comme j’ai cessé de croire à un quelconque personnage providentiel, je ne suis pas déçu. Et j’aimerais que ça continue. Autrement dit qu’une personne « humaniste » soit élue.

Je suis très sincèrement désolé d’avoir eu à écrire ce billet. Je suis lecteur relativement assidu du Monde depuis plus de soixante ans, et je ne résilierai pas mon abonnement pour ce que j’estime être une grave erreur, que j’espère exceptionnelle, mais toute entreprise humaine est faillible, et ce quotidien nous apporte tellement souvent des informations de grande qualité que je serais stupide de m’en priver. Sachant que le contexte mondial est grave, j’attends le Monde de demain pour en savoir davantage.