LE MYTHE DE LA BOMBE ATOMIQUE

13/08/2015 12:36

 

Le  soixante-dixième anniversaire de la capitulation du Japon qui va se rappeler à notre souvenir ce 15 août prochain, permet de nous réinterroger sur les événements de cette époque.

Or l’article d’un analyste du nucléaire, Ward Hayes Wilson édité dans le monde du 7 juin 2013, et repris le 06/08/2015, titrant : « Ce n’est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler » pose une affirmation éminemment dérangeante.

En effet la proximité temporelle du bombardement atomique de Hiroshima, le 6 août 45, puis de Nagasaki le 9, à 11 h 02 avec l’annonce de la reddition du Japon par l’Empereur Hiro Hito  a laissé au monde entier l’impression que, effrayé par l’effet dévastateur de ces armes de nouvelle génération, le Japon, exsangue, capitulait.

Or c’est faux.

C’est ce que les américains ont été tout heureux de proclamer, justifiant ainsi l’utilité et la moralité de leur initiative, se déculpabilisant à bon compte si toutefois ils avaient pu se sentir coupables, se vantant au passage de l’avancée  de leur haute technologie,

Or W.H.Wilson, affirme, preuves à l’appui, que, contrairement à ce que l’on a fait penser aux  opinions publiques, le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki n’est strictement pour rien dans la reddition du Japon. Le hasard a voulu que ces deux événements se soient passés presqu’au même moment, sans qu’il y ait de cause à effet.

W.H.Wilson déploie avec rigueur un ensemble d’arguments étayant sa thèse :

1.      Les alliés étaient parfaitement au courant des intentions de capitulation que comptait annoncer le Japon avant l’invasion du pays par les américains prévue pour le 1er novembre 1945.

2.      Pour les japonais, les bombes atomiques n’ont pas spécialement plus terrifié la population que les milliers de kilotonnes de bombes conventionnelles que les habitants de villes s’étaient habitués à recevoir : 66 villes avaient déjà été anéanties dont, pour le premier bombardement-surprise, celui de Tokyo, 40 km2 rasés par quelque 500 forteresses volantes. Si bien que le total de kilotonnes de bombes conventionnelles, larguées, dont des incendiaires dévastatrices, équivalait facilement à une dizaine de bombes atomiques. Les nombreuses victimes n’ont  sans doute pas bien fait la différence entre bombes « normales » et bombes atomiques. Seuls les aviateurs américains en étaient conscients, un seul avion par mission faisait le travail de 500 !

 

3.      L’argument déterminant que Wilson avance est l’heure de la réunion du Conseil Suprême restreint composé des six dirigeants du Japon convoqués en toute urgence le matin du 9 août, afin de réagir à une certaine information qui déclencherait ou non la reddition. Or la réunion exceptionnelle, eu lieu plus de trois jours après Hiroshima, et plusieurs heures avant Nagasaki. Wilson donne plusieurs exemples de réunions d’urgence de grands pays convoquées en cas de crise, celles-ci se font dans les minutes qui suivent l’annonce de ce qui pose problème. Pour lui, dans le cas de la réunion du Conseil Suprême japonais, les bombes atomiques n’en sont donc nullement la raison.

 

4.      Quelle est donc la vraie raison qui a provoqué cette réunion exceptionnelle, la première et seule depuis le début de la guerre commencée par le Japon en 1930 en Asie ?

 

Le Japon vient d’apprendre que l’URRS a l’intention de rompre le pacte de neutralité que les deux pays avait signé pour cinq ans en 1941 : L’URSS est sur le point de déclarer la guerre au Japon !

 

Cette nouvelle change complètement la donne. Le Japon comptait sur l’URSS comme modérateur pour intervenir au moment de sa capitulation. Le Japon espérait jouer  de la rivalité entre USA et URSS pour adoucir les conditions drastiques posées par les alliés. Or non seulement il ne faut plus compter sur l’URSS, mais celle-ci devient un adversaire de plus qui fait ouvrir un nouveau front ! Un ennemi de plus, c’est la défaite assurée. Intenable !

Le japon avait encore du répondant et chaque sujet de l’Empereur était déterminé à vendre chèrement sa peau. Mais un ennemi supplémentaire et aussi massif que l’URSS était vraiment ingérable ! L’Empereur et son Gouvernement ne pouvaient que reconnaître leurs erreurs, stratégiques et tactiques. L’Empereur, dieu vivant, risquait d’être totalement disqualifié, ayant entraîné son Empire dans la pire aventure,  devant assumer la première défaite du Japon de toute son Histoire : Jamais le Japon n’a perdu de guerre !

 

La honte, le déshonneur, la mort !

 

Qu’adviendrait-il de la civilisation nippone dont l’Empereur est le socle ? Effondrement avec lui d’une tradition ancestrale, d’une civilisation millénaire ? L’Empire va-t-il survivre ou le peuple perdant ses points de repère, va-t-il s’entredéchirer ? Est-ce la fin du Japon ?

 

Le Conseil Suprême ne parvient pas à trouver une solution dans la matinée tant le problème est complexe.

Par exemple, les dirigeants, politiques et chefs militaires qui, comme les nazis, n’ont  pas lésiné sur les atrocités, ne risquent-ils pas de se voir traités en criminels de guerre, comme les nazis le seront à Nuremberg ?

 

Or quelqu’un ( ?) émet une idée.

 

«  En faisant de la bombe atomique la responsable de la défaite, il était alors possible de balayer toutes les erreurs et toutes les mauvaises appréciations sous le tapis. » affirme Wilson.

 

L’idée est géniale !

 

L’Empereur va pouvoir endosser sans trop de dommages la mission d’annoncer à son peuple l’impensable reddition :

A nos bons et loyaux sujets,

Après avoir murement réfléchi … Nous avons ordonné à Notre Gouvernement de faire savoir aux Gouvernements des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, de Chine et d'Union soviétique que Notre Empire accepte les termes de leur Déclaration commune.  …….

 L'ennemi a mis en œuvre une bombe nouvelle d'une extrême cruauté, dont la capacité de destruction est incalculable et décime bien des vies innocentes. Si Nous continuions à nous battre, cela entrainerait non seulement l'effondrement et l'anéantissement de la nation japonaise, mais encore l'extinction totale de la civilisation humaine.

 Cette fausse raison de la reddition  permet de conserver à l’empereur toute sa légitimité. Et l’estime de ses sujets.

Elle permet de s’attirer une certaine sympathie sur le plan international. : « Le Japon avait mené une guerre d’agression et s’était montré d’une brutalité inouïe à l’égard des peuples conquis. Son comportement risquait fort de la placer au ban des nations. Mais présenter soudain le Japon comme une nation victime –une nation qui avait été injustement bombardée par une arme de guerre aussi cruelle que monstrueuse- permettait de reléguer au second plan une bonne partie des actes répugnants commis par les soldats japonais. »

 Attirer l’attention sur les bombardements atomiques permettait donc de présenter le Japon sous une lumière plus sympathique

Enfin, dire que c’est la bombe atomique qui a gagné la guerre ne pouvait que plaire aux vainqueurs américains, qu’il est habile de ménager au plus vite :

Cette présentation de la cause de la reddition du Japon flatte les américains. Elle reconnaît leur supériorité intellectuelle et technique en matière de recherche fondamentale et appliquée par rapport au reste du monde, notamment les rivaux russes, qui reçoivent là un avertissement.

Elle atténue l’acidité d’une pure vengeance par rapport à l’humiliante attaque de Pearl Harbour.

Elle étouffe l’éventuelle culpabilité qu’aurait pu ressentir quelque citoyen américain tatillon devant l’immoralité d’une arme qui ne s’attaque qu’aux populations civiles, et dont l’emploi a été totalement gratuit, sans aucune nécessité stratégique,  sinon celle d’expérimenter l’efficacité d’une recherche fondamentale et d’en étudier in vivo et post mortem les effets, sans souci des souffrances engendrées.

Ainsi est mythifié un outil qui peut entraîner  « l’extinction totale de la civilisation humaine ».

La bombe atomique est élevée au rang de symbole, celui de « l’équilibre de la terreur ». Qui en possède une permet de se faire respecter. De Gaulle en fit son credo, comme bien d’autres Etats.

Et ça marche. Tout ça grâce à un mensonge qui sauva le Japon.